Un organisateur de « gang bangs » échappe à la justice, protégé par un récit de « libertinage » relayé par les médias et parfois repris par les magistrats. Et si la qualification des faits évoluait ? Consentement ou contrôle coercitif ? Libertinage ou proxénétisme ?… Une nouvelle action en justice pourrait changer la donne.
Le 21 janvier dernier, le préfet de police décidait la fermeture administrative de la « Factory », établissement qui organise des « gang bangs » payants dans un immeuble du XVe arrondissement à Paris. Mais, le 9 février, le tribunal administratif saisi en référé, a décidé de suspendre l’arrêté et, selon Le Parisien, ordonné à l’État de verser 1.500 euros de dédommagement au marchand de « gang bangs ». Le préfet de police forme un pourvoi devant le Conseil d’État.
Qu’est-ce qu’un « gang bang » ? Une ou plusieurs dizaines d’hommes s’adonnent, en groupe, à de multiples pratiques sexuelles violentes sur une seule femme.
« Une décision scandaleuse du Tribunal administratif de Paris »
L’établissement parisien fait parler de lui depuis plusieurs années, les habitants de la copropriété dans laquelle il est installé essayant en vain de le faire fermer. Ni les nuisances de voisinage ni les atteintes à la dignité des femmes jetées en pâture n’ont jamais suffi à l’interdire.
Plusieurs associations féministes s’insurgent avec Osez Le féminisme dans un communiqué : « Nous, associations féministes, dénonçons une décision scandaleuse du Tribunal administratif de Paris » Elles dénoncent « Des pratiques violentes, sexistes et contraires à la dignité humaine des femmes. »
« La décision de fermeture de la préfecture de Paris était motivée par le fait que les pratiques étaient contraires à l’ordre public, à la dignité humaine et favorisaient la commission d’infractions pénales (notamment proxénétisme ou violences sexuelles) » rappellent-elles. Mais cette vision n’est pas celle qui domine dans les médias.
Traitement médiatique favorable au tenancier
Comme pour la pornocriminalité, l’organisateur de gang bangs assure que les femmes qui se retrouvent seules au milieu de ces hordes d’hommes, sont consentantes, demandeuses même. Et il fournit des témoignages de femmes… assez peu crédibles. Mais en général ça passe dans les médias et devant certains tribunaux.
Les tenanciers de ces établissements ont en quelque sorte le monopole du récit. Pour annoncer la réouverture de l’établissement, Le Parisien a publié deux longs articles, le 10 février, reprenant le discours victimaire de ceux qui se présentent comme de gentils libertins.
Le journal ouvre ses colonnes au patron de Factory qui s’exprime avec force trémolos. Dans un article titré « ‘On me réduit à des pratiques sordides’ : autorisé à rouvrir, l’organisateur des gang bangs à Paris sort du silence », ce Mr « Z » dont le journal respecte l’anonymat est présenté comme un «quinquagénaire, père de famille ». Il dénonce un « acharnement » contre lui et évoque ses déboires financiers « les yeux embués » écrit le quotidien.
L’autre article est titré : « Gang bangs à Paris : ciblées par la préfecture de police, les soirées libertines vont reprendre dans le XVe arrondissement. »
« Si vous n’avez pas l’âme d’un dominant… »
La présentation, par le Parisien, de l’activité de « Z » laisse assez peu de doutes sur la façon dont les faits devraient être qualifiés : il « reçoit 2 à 3 demandes par jour de femmes seules ou de couples dont le mari veut proposer sa femme pour un gang bang » écrit, sans tiquer, le quotidien. Des « couples dont le mari veut proposer sa femme pour un gang bang » !
En 2024, Le Parisien donnait déjà la parole à son héros avec ce titre : « Paris : dans les gang bangs du XVe, « aucun jeu non consenti », se défend l’organisateur traqué par les autorités. »
L’article ne donnait pourtant pas à voir un innocent agneau « traqué ». Le Parisien rapportait des propos tenus par l’organisateur dans un message adressé aux hommes pour préciser le « scénario » de ce qu’ils appellent « libertinage » : « Si vous n’avez pas l’âme d’un dominant, si vous n’osez pas articuler le moindre mot cru, la moindre insulte ne venez pas » Autre message une fois arrivés : « Allez-y, elles sont là pour vous, faites-en ce que vous voulez, n’hésitez pas. » Aucune question n’a été posée à « Z » sur la dignité humaine des femmes…
Combat pour un autre traitement judiciaire
Pendant que le quotidien français offre de larges tribunes à « Z » pour nourrir l’opinion d’euphémismes, les associations féministes s’époumonent pour remettre les idées à l‘endroit : « Ces mises en scène reposent sur l’érotisation de la violence sexuelle exercée contre les femmes et s’inscrivent dans un système de domination masculine. Elles exposent les femmes concernées à des risques sérieux d’abus, de violences sexuelles et de contraintes, et soulèvent de lourdes suspicions d’infractions pénales, notamment de proxénétisme, comme l’ont déjà révélé plusieurs procédures judiciaires récentes. »
Elles rappellent aussi que les attestations de femmes se déclarant «consentantes » à subir des actes violents sont souvent forcées ou tordues. Et « doivent s’analyser comme « un des instruments du contrôle coercitif » de l’agresseur, pouvant traduire des situations de contrainte, de soumission sexuelle ou de pressions économiques et sociales. »
De libertinage à « actes de torture et de barbarie »
La bataille des qualifications est loin d’être terminée. Le 4 mars, nouvelle étape. Le Parisien annonçait en titre (avec toujours le même parti pris) : « Paris : à peine de retour, les gang bangs du XVe visés par deux procédures, dont une pour viol. » Une des participantes à un gang bang ayant dénoncé des pratiques : « de nature à caractériser ces actes en viol, abus de faiblesse, agression sexuelle, actes de torture et de barbarie. »
Bien sûr le quotidien donne abondamment la parole à « Z » et à son avocat qui dénonce une « cabale et de l’abus de pouvoir des pouvoirs publics »… et fait observer que le droit est de son côté. Son client est, selon lui, à l’abri tant qu’aucune plainte pour viol ou proxénétisme n’est déposée…
Mais c’est justement ce traitement judiciaire que les associations féministes vont faire évoluer.
Elles en ont déjà fait évoluer d’autres. (voir ci-dessous)
(Pour ce qui est du traitement médiatique, LesNouvellesNews.fr est sur le coup, mais la montagne à gravir est très haute.)
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