Derrière les hourras, les annonces records et les photos de la 9e édition de Choose France à Versailles, la politique économique de l’exécutif reste largement pensée par et pour des hommes. Au détriment de l’économie du bien-être.

Les milliards pleuvent sur la France qui se targue de devenir une vitrine technologique d’envergure mondiale. Mais derrière la vitrine, le tableau est très poussiéreux. Quel que soit l’angle des photos prises lors de l’événement « Choose France » qui s’est déroulé le 1er juin à Versailles, il n’y a quasiment que des hommes sur la photo.
L’angle mort de la diplomatie économique
Pire : « À la veille de Choose France, je recevais ce soir à Bercy une vingtaine d’industriels étrangers qui ont fait le choix de la France» écrit sur LinkedIn Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie. Sur la photo, un aréopage d’hommes et deux femmes. La moitié féminine de l’humanité reste dans l’angle mort de la diplomatie économique.
Pour cette 9e édition de Choose France, la dernière sous la présidence d’Emmanuel Macron, l’exécutif jubile : 93 milliards d’euros d’investissements annoncés, un record historique porté par l’explosion des besoins en Intelligence Artificielle et l’implantation de giga-datacenters. Tout ça grâce – cocorico !- au « mix électrique français ».
L’avenir dans le rétroviseur
Et le gouvernement de vanter la « modernité » de son attractivité et la « transition vers l’avenir ». Un avenir de capitalisme masculin triomphant.
Ce triste tableau rappelle ces terribles chiffres révélés par le collectif Sista : les start-ups fondées par des équipes 100 % féminines ne captent que 2 % des fonds levés. Et ce chiffre tombe à moins d’1 % des volumes de financement dans le secteur de l’Intelligence artificielle – laquelle amplifie le sexisme.
SISTA, cinq ans : « Ce ne sont pas les femmes qui doivent changer, c’est le système »
A rebours de l’économie du bien-être et de la préservation de la planète
Au-delà des images de boy’s club, l’économie conquérante et technologique célébrée à Versailles est façonnée par et pour les hommes. Elle est centrée sur la production, l’innovation industrielle et la performance financière. À l’inverse, l’économie du soin, du bien-être, de l’éducation, de l’accompagnement ou de la petite enfance est absente du récit. Une économie du bien-être qui repose sur un travail assigné aux femmes peu ou pas payé. Invisible !
Et ce n’est pas tout : les activités les plus valorisées économiquement sont aussi celles qui consomment le plus de ressources et pèsent le plus lourd sur la planète. Alors qu’on s’enfonce dans la crise écologique, les investissements massifs dans les technologies, les infrastructures ou l’industrie continuent d’incarner le progrès. Et les activités traditionnellement masculines restent l’étalon de l’économie.
Hiérarchie des valeurs rétrograde
Et les politiques économiques ne remettent pas en question cet ordre sexué des choses. Même si, côté préservation de la planète, les femmes font beaucoup mieux que les hommes. Elles émettent en moyenne 26% de CO₂ de moins qu’eux. Non parce qu’elles seraient naturellement plus vertueuses, mais parce que les normes sociales et économiques orientent différemment les usages, les consommations et les responsabilités.
Lire : Les femmes émettent 26 % de CO₂ de moins que les hommes : le coût écologique de la virilité
Le problème n’est pas seulement que les femmes soient absentes de la photo. C’est que l’économie célébrée à Versailles continue de hiérarchiser les activités en valorisant celles qui détruisent le plus, tout en reléguant celles qui préservent la vie. Et le triomphalisme du gouvernement ne dessine aucun changement dans cette hiérarchie de valeurs.
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