Après la disparition de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, les révélations sur les antécédents du suspect se multiplient. Le ministre de l’Intérieur parle de « d’éventuels dysfonctionnements » quand les associations féministes dénoncent, depuis des années un problème systémique dans le traitement des violences sexuelles et appellent à une loi intégrale.
Lyhanna, une collégienne de 11 ans a disparu vendredi 29 mai à Fleurance, une paisible commune du Gers. La fillette a été aperçue pour la dernière fois par un témoin vers 15 heures, montant dans la voiture du père d’une de ses amies, Jérôme Barella. Mis en examen pour« enlèvement et séquestration de mineur de 15 ans », ce suspect a été placé en détention provisoire. Depuis la population et les gendarmes se sont mobilisés pour la retrouver. Sans succès.
Des signalements et plaintes restés sans suite
Et, au fil du temps, des informations concernant des antécédents du suspect s’égrènent. 41 ans, père de deux enfants, Jérôme Barella a fait l’objet de plusieurs signalements et procédures.
Premier élément révélé : il y a cinq ans, il a été licencié de son emploi au lycée de Lectoure « après une procédure disciplinaire à la suite du signalement d’un comportement inapproprié envers une lycéenne » avait révélé la région Occitanie, chargée de la gestion des lycées.
Mercredi 3 juin, la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, a présenté d’autres éléments lors d’une conférence de presse. Trois procédures auraient été retrouvées. La première date de décembre 2017. La mère d’une jeune fille de 17 ans avait fait un signalement en découvrant la « relation » de sa fille avec un cet homme majeur. Mais le signalement n’avait pas abouti à la reconnaissance d’une infraction pénale et la procédure avait été classée sans suite en février 2018.
« Une première plainte pour viol a été déposée en 2022 », indique la procureure. Les faits de viol sur mineure de 15 ans auraient été commis courant 2020 au domicile du mis en cause. Affaire classée sans suite en mai 2024. La plaignante indique à BFM que le suspect avait fait du chantage au suicide à la famille et à la fillette pour qu’elles retirent la plainte.
Une plainte égarée et huit mois sans enquête
La troisième procédure date du 22 août 2025. Une mère de famille avait porté plainte pour viol sur sa fille de 10 ans.. Des faits qui auraient été commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect dans le Gers. Mais la plainte s’est perdue. Déposée à la brigade de gendarmerie de Plaisance du-Touch, en Haute-Garonne, la fillette a été entendue, « examens médico-légaux et psychologiques ont été réalisés en septembre et octobre 2025 » indique la procureure. Mais le parquet de Toulouse a transféré le dossier au parquet d’Auch puisque les faits avaient eu lieu dans le Gers. Et ce dernier n’a reçu la plainte que fin décembre et l’a transmis à la gendarmerie concernée (Leectoure) début janvier 2026. Depuis, le suspect n’a pas été entendu. La mère de la mineure raconte un très mauvais accueil de la part des enquêteurs. « L’enquête est toujours en cours » a signalé Clémence Meyer.
Une enquête administrative annoncée…
Mercredi à l’Assemblée nationale, Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, diligenter, avec Gérald Darmanin, garde des Sceaux, une enquête administrative sur le traitement de la plainte pour viols sur mineure déposée en août 2025 « pour identifier évidemment d’éventuels dysfonctionnements »
Mais ce ne sont pas des dysfonctionnements exceptionnels ! (et éventuels !) Les associations féministes ne décolèrent pas contre l’inaction des pouvoirs publics qui négligent la lutte contre les violences sexuelles.
… Mais pas de remise en question du système
« L’affaire Lyhanna nous rappelle que le système ne fonctionne pas. » dénonce Anne-Cécile Mailfert, présidente de la fondation des femmes, stupéfaite et en colère, qui s’associe à la douleur de la famille de Lyhanna
Ce ne sont pas seulement les tribunaux et gendarmeries concernées qui ont dysfonctionné. La règle en matière de plaintes pour viol semble être le classement sans suite. C’est le cas de 86% d’entre elles. Et quand la plainte n’est pas classée, quand une enquête doit être engagée, elle se heurte à un manque de moyens.
Le prix de l’inaction politique
Les associations réclament une loi intégrale pour en finir avec ce qui est bien plus qu’un dysfonctionnement passager mais un système qui permet bien trop d’impunité. Une proposition de loi intégrale est écrite depuis deux ans.
Lire : Loi intégrale contre les violences sexuelles cherche volonté politique
Elle a fini par être déposée en décembre dernier, sur le bureau de l’Assemblée nationale par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, mais la proposition de loi n’a toujours pas été inscrite à l’ordre du jour. Et Laurent Nunes n’a pas répondu à la question du député du Gers, David Taupiac, qui l’interpelait sur l’affaire Lyhanna et lui demandait de mettre à l’ordre du jour cette proposition de loi tanspartisane.
La veille, mardi 2 juin, les associations manifestaient encore pour l’examen de cette loi cadre… Combien de victimes devront payer le prix de l’inaction politique ? Que faut-il faire face à tant d’aveuglement ?
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