Depuis la prison d’Evin, Narges Mohammadi a écrit ses Mémoires. Dans Une femme ne renonce jamais, la militante rappelle que le mouvement Femme Vie Liberté continue de résister en Iran.
Ce livre aurait pu ne jamais être publié. Mais, déterminée à ne pas se taire face aux violences du régime des mollahs, Narges Mohammadi a clandestinement fait sortir son témoignage écrit de la prison d’Evin à Téhéran, où elle est incarcérée depuis 2017.
Une militante totale
« Je n’ai pas peur de ce qui m’attend. Malgré des années de souffrance, je n’éprouve ni regret ni remords pour ce que j’ai sacrifié au nom de la justice. Je suis pleine d’amour, d’un désir de vivre et d’un attachement inébranlable à la liberté. Je suis une femme. Et une femme ne renonce jamais », écrit la militante iranienne, nommée Prix Nobel de la Paix en 2023, dans son livre Une femme ne renonce jamais (ed Robert Laffont).
C’est depuis sa cellule de la prison d’Evin, que Narges Mohammadi commence à écrire ses Mémoires, dans le plus grand secret. Elle se remémore ses souvenirs d’enfance et sa prise de conscience « de la condition insupportable des femmes » à la suite de la Révolution islamique de 1979. « Nos vies étaient marquées par une anxiété permanente. Nos choix, nos désirs, notre avenir, tout dépendait de la dictature religieuse », écrit-elle.
Puis, sa longue série d’arrestations. Elle lève aussi le voile sur les violences subies en prison. La Fondation Narges, basée à Paris, rappelle que la militante a été condamnée par le régime a « plus de 44 ans de prison, un total de 154 coups de fouet et 161 jours d’isolement au cours de multiples périodes de détention ». Cette peine ne vient pas seule. Désormais âgée de 54 ans, Narges Mohammadi a été libérée sous caution en mai dernier en raison d’importants problèmes de santé. Détenue à son domicile de Téhéran, elle sait que son combat s’accompagne d’un sacrifice, celui de sa famille réfugiée en France. « Quelle vie étrange. À présent, je crains de devoir quitter ce monde sans revoir mes enfants », écrit-elle.
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Mais la militante se souvient aussi de la journée du 6 octobre 2023. Alors que le prix Nobel de la Paix lui est décerné, « On me couvrait de baisers, on m’embrassait, des larmes de joie coulaient sur mes joues. [Ce jour] a été l’un des plus glorieux de ma vie, mais je savais que le régime, furieux, se déchaînerait contre moi ».
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« La victoire est inéluctable »
Pendant plusieurs années, le texte de ses Mémoires est extrait clandestinement, par fragments, de la prison, grâce à ses codétenues qui les transmette à des proches lors des visites. C’est une véritable chaîne de soutien qui se met en place. Le texte est ensuite envoyé en France. C’est la Fondation Narges qui assemble les feuillets et les traduit en anglais.
À l’image de son engagement total, la publication de ce livre a bravé toutes les menaces du régime des mollahs, pour défendre la vision d’un Iran démocratique. « C’est une certitude : la victoire n’est peut-être pas facile, mais elle inéluctable », écrit Narges Mohammadi, sans douter qu’un jour son combat, et celui du peuple Iranien, aboutira.
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