Sorti en salles ce mercredi 4 novembre, L’affaire Marie-Claire réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller est un vibrant hommage à Gisèle Halimi et à toutes les femmes qui se sont battues pour le droit à l’avortement, et plus largement pour la liberté des femmes.

Le film revient sur le procès qui a marqué la France entière en 1972. A l’époque, la jeune Marie-Claire Chevalier, 16 ans, tombe enceinte après avoir été victime d’un viol. Alors que l’avortement est interdit et puni par la loi, elle fait le choix d’avorter. elle choisit d’avorter. Avec l’aide de sa mère et de connaissances, elle y parvient clandestinement. Mais son violeur la dénonce et la mère ainsi que les femmes qui l’ont aidée se retrouvent sur le banc des accusées. Elles sollicitent alors la célèbre avocate Gisèle Halimi pour les défendre. Cette dernière accepte de les aider et voit dans cette affaire l’occasion de faire quelque chose de grand. Quelque chose qui n’a encore jamais été fait jusqu’à présent : attaquer la loi.
Cette loi injuste qui punit principalement les femmes les plus précaires comme l’a rappelé maître Halimi lors de sa plaidoirie : “C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée. Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs, et je pose chaque fois la question et j’autorise le tribunal à m’interrompre s’il peut me contredire. Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un PDG de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs« .
Mais pour cela, elle prend un risque énorme en leur demandant de ne pas plaider coupable. C’est presque ainsi que le film débute. Juste avant le procès, l’avocate insiste à nouveau : “Surtout, vous ne vous excusez pas. Jamais” ou encore “Personne ne s’excuse, sinon tout s’effondre”. On comprend d’emblée que tout l’enjeu se trouve là : ce ne sont pas les femmes qui sont coupables mais cette loi.
Charlotte Gainsbourg prête ses traits à la célèbre avocate tandis que Cécile de France incarne Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire. Les deux actrices sont convaincantes dans leurs rôles respectifs et l’interprétation de Cécile de France apporte vraiment de l’émotion au récit : on y voit une mère courage prête à tout pour sa fille. Son témoignage à la barre lors du procès est poignant. Le personnage de Marie-Claire est quant à lui plutôt secondaire. En effet, le film s’attache plutôt à retracer le combat mené par l’avocate pour remporter ce procès historique plutôt que de revenir sur le viol et l’avortement. Ces deux sujets avaient davantage été traités dans le téléfilm Le procès de Bobigny réalisé en 2006 par François Luciani et interprété par Anouk Grinberg (Gisèle Halimi), Sandrine Bonnaire et Juliette Lamboley. Mais à l’époque, les noms de Michèle et Marie-Claire Chevalier avaient été modifiés. Là, le nom de Marie-Claire prend toute la place.

Si la mise en scène du film reste très classique en alternant moments du procès et préparation de la défense, c’est surtout l’aspect historique qui retient notre attention. Le contexte politique de l’époque est bien retranscrit – on y retrouvera bien sûr une référence au manifeste des 343 – et permet de comprendre tout l’enjeu de ce procès de Bobigny. Les scènes du procès ont d’ailleurs été filmées dans la vraie salle où s’est déroulée l’audience en 1972. La co-réalisatrice Lauriane Escaffre explique d’ailleurs qu’ « au-delà de participer au devoir de mémoire, cela a apporté une dimension émotionnelle très forte, voire une magie, qui nous a tous portés. L’ancien tribunal de Bobigny a été détruit mais les bâtiments où était située cette salle ont été conservés pour le caractère historique qu’a pris cette affaire. Aujourd’hui, c’est donc une salle administrative qui sert à stocker du matériel mais on peut y voir une plaque commémorative.«
Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes.
Gisèle Halimi (extrait de sa plaidoirie)
Un autre aspect intéressant dans le film est le côté intime du personnage de Gisèle Halimi et notamment la relation tendue qu’elle entretient avec sa mère. Comme l’explique Lauriane Escaffre, ces moments entre les deux femmes sont importants et nous aident à comprendre ce qui anime l’avocate depuis toujours : « la révolution de Gisèle, sa flamme, est née, à notre avis et selon elle, dès son arrivée sur Terre. Elle raconte que ses parents avaient attendu deux semaines avant d’annoncer sa naissance tellement ils avaient honte d’avoir engendré une fille, même si leur aîné était un garçon. Son enfance, ensuite, a ravivé cette flamme, puisqu’à la maison ses frères ne faisaient rien et sa sœur et elles étaient corvéables à merci : elles lavaient le linge, servaient à table, faisaient le lit de leurs frères, nettoyaient leur chambre, etc. Gisèle Halimi s’est révoltée en faisant une grève de la faim. […] Tout son combat a donc été guidé par cette injustice faite aux femmes qu’elle a ressenti intimement depuis toute petite. »
L’Affaire Marie-Claire est un film essentiel pour ne pas oublier toutes celles qui se sont battues pour la liberté de toutes les femmes et contre quoi et qui elles ont dû le faire. Gisèle Halimi dira dans sa plaidoirie : « Ce que j’essaie d’exprimer ici, c’est que je m’identifie précisément et totalement avec Mme Chevalier et avec ces trois femmes présentes à l’audience, avec ces femmes qui manifestent dans la rue, avec ces millions de femmes françaises et autres. Elles sont ma famille. Elles sont mon combat. Elles sont ma pratique quotidienne.”

Même si en France, le droit à l’avortement a été inscrit dans la Constitution le 8 mars 2024 (lire : Le 4 mars, célébration de l’inscription de IVG dans la Constitution à Paris et Inscription de l’IVG dans la Constitution : pourquoi il faut célébrer la victoire), nous savons que rien n’est jamais acquis. Partout dans le monde, les droits des femmes sont sans cesse remis en question, notamment avec la montée des discours d’extrême droite qui prennent de plus en plus de place dans le paysage politique et médiatique. Comme le disait Simone de Beauvoir “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.”
L’affaire Marie-Claire de Yvo Muller et Lauriane Escaffre, Gaumont (1h42), sortie en salles le 4 novembre. Avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France, Grégory Gadebois, Saül Benchetrit, Lauriane Escaffre, Emilie Gavois-Kahn.
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