Saturation du 3919, cyberharcèlement des écoutantes, stratégies d’intimidation : des réseaux masculinistes ciblent les dispositifs d’aide aux femmes victimes de violences. Le ministre de l’Intérieur condamne sans annoncer de mesures concrètes.
Fin janvier, la porte-parole de la Fédération nationale Solidarité Femmes, Camille Lextray évoquait des « tentatives de saturation du 3919 » (la ligne destinée aux femmes victimes de violences) lors d’une table ronde organisée par la délégation aux droits des femmes du Sénat qui mène actuellement des travaux sur les mouvements masculinistes. Elle relatait « des appels coordonnés », « de plus en plus virulents » ainsi que des « attaques envers les écoutantes » comme «l’affichage de nos visages sur les réseaux sociaux qui incitent à nous interpeller, à venir nous alpaguer. » L’alerte était reprise par France Inter : une écoutante disait qu’habituellement, le 3919 avait trois à quatre appels en attente maximum et brusquement, ce taux était passé à 10 ou 15.
Cesser de subventionner les associations masculinistes
Le 10 février, lors des questions au gouvernement, une députée Ensemble pour la République, Julie Delpech, a posé une double question sur la montée en puissance du masculinisme, demandant à la fois comment le gouvernement comptait lutter contre ces attaques et s’il allait enfin cesser de subventionner des associations masculinistes se cachant derrière des missions de « défenseurs de la famille ». « L’État doit combattre le masculinisme, pas le subventionner. » affirme-t-elle.
Réponse du Ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez : il a d’abord excusé Aurore Bergé, Ministre en charge des Droits des femmes de ne pas répondre alors que la première question relevait de son ministère et la deuxième s’adressait à l’ensemble du gouvernement. Puis il a lu sa réponse. Rappelant que les attaques évoquées « s’inscrivent dans un contexte plus large de montée en puissance de la menace masculiniste, organisée, décomplexée, qui s’attaque frontalement aux politiques d’égalité, aux associations féministes et aux dispositifs de protection des femmes. »
Renforcer les outils de signalements
Il a repris des éléments du dernier rapport du HCE : « Le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité précisait que 39 % des hommes pensent aujourd’hui que le féminisme menace leur place » ajoutant que « les attaques contre le 3919 relèvent d’une stratégie d’intimidation et de déstabilisation que le gouvernement condamne fermement »
Lire : Terrorisme misogyne : le vacarme masculiniste veut étouffer l’alerte du HCE
Le ministre a assuré que « La mouvance ‘incel’ [“Involuntary Celibate”, soit “célibataire involontaire”] » qui « se développe dans notre pays », est suivie « par les services de renseignement français ». Il en voulait pour preuve l’attentat masculiniste déjoué à Sant-Etienne. Une première en France.
Laurent Nuñez a laissé beaucoup de questions sans réponse. La députée avait demandé si le gouvernement était prêt à renforcer les outils de signalements du terrorisme misogyne en ligne. Elle demandait d’imposer à l’Arcom et Pharos la création d’une catégorie spécifique pour signaler ces contenus masculinistes… Une demande qui reste sans réponse depuis bien longtemps.
Lire : Le cybersexisme, angle mort de Pharos
Sur la question des subventions accordées aux masculinistes déguisés en défenseurs de la famille, le ministre est resté vague : « Les dispositifs applicables en matière de terrorisme seront appliqués, à la fois s’agissant des subventions et s’agissant des référencements de ces sites qui peuvent inciter à la haine et à la violence. » On a connu Laurent Nuñez plus précis et plus ferme sur d’autres sujets…

