Depuis 70 ans, la cérémonie du Ballon d’Or récompense chaque année les footballeurs et footballeuses international.e.s. Mais la remise de prix a été éclipsée par l’injonction de la « femme trophée », qui continue de coller à la peau des compagnes des sportifs.

Quel prix pour le sexisme dans le foot ? Ce lundi 26 octobre, tout le milieu du football international était présent à Londres pour assister à la soixante-dixième cérémonie du Ballon d’Or. Si le foot est un sport collectif, remporter le Ballon d’Or reste l’ultime sésame de la reconnaissance pour les joueur.euse.s à l’échelle individuelle.
Cette année, c’est la joueuse espagnole Alexia Putellas qui a été récompensée. À 32 ans, elle a déjà été lauréate en 2021 et en 2022. L’ancienne attaquante du FC Barcelone, désormais joueuse au sein des London City Lionesses depuis cet été, fête donc son troisième sacre. Il faut dire que son année a été marquée par les victoires : le Championnat d’Espagne, la Coupe de la Reine, la Supercoupe d’Espagne et la Ligue des champions. Surnommée « La Reina », la joueuse confirme ainsi ce son titre. Elle succède ainsi à Aitana Bonmatí, son ex-coéquipière du Barca, qui avait fait un triplé sur le Ballon d’Or ces trois dernières années.
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Si ce prix existe depuis 1956, soit 70 ans, il a fallu attendre 2018 pour qu’il commence à récompenser des sportives. C’est la Norvégienne Ada Hegerberg la première joueuse à avoir été sacrée Ballon d’Or. Une vraie victoire pour le football féminin. Mais, une fois sur scène, l’animateur de la cérémonie lui avait demandé si elle savait twerker. La séquence continue de sidérer. Et le sexisme ambiant ne semble pas avoir été éradiqué.
« Femme trophée »
Suivie par 2,2 millions de spectateurs en France, sur la chaîne de L’Équipe, la cérémonie a été prolongée par une vague de commentaires sexistes. Le discours d’Alexia Putellas, qui a duré moins de sept minutes, aurait dérangé certains internautes, dont l’ancien défenseur de l’Équipe de France, Adil Rami, reconverti en créateur de contenu sur Twitch. « Alexia Putellas, elle a commencé à parler, c’était mignon, mais frérot, lâche le micro, mais lâche le micro putain », a-t-il lancé. Le discours du Ballon d’Or masculin, Harry Kane, a pourtant duré 10 minutes et 30 secondes… et il n’a rien trouvé à redire. La parole des sportives dérange encore.
Mais Alexia Putellas n’est pas la seule à avoir été visée par des remarques sexistes. Katie Goodland, la femme d’Harry Kane, a été prise pour cible. « Et si la clé du succès, c’était que ta femme soit grosse », « Ce genre de filles, c’est un bon tremplin au début de ta carrière, mais quand tu fais partie de l’élite mondiale du football, tu ne peux pas venir à une cérémonie du Ballon d’or avec une fille comme ça, alors qu’il y a des Latinas qui sont 10/10 » ou encore « Il pourrait sincèrement avoir mieux ». Les commentaires sexistes s’additionnent sur les réseaux sociaux.
À travers ce déversement misogyne et grossophobe, c’est l’injonction de la « femme trophée » qui sévit. Le rôle de la compagne est alors réduit à son apparence, à être le plus bel « objet » pour mettre en valeur le sportif. Alors que les institutions sportives progressent du côté du foot féminin, une partie des supporters considère encore que les femmes des footballeurs sont des trophées à exhiber. Le Ballon d’Or du féminisme, ce n’est pas pour tout de suite.
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