Philosophe et philologue, Barbara Cassin a été élue à l’Académie française. Cinq femmes siègent parmi les Immortels. De quoi les bousculer ?
Barbara Cassin fait son entrée à l’Académie Française. Cette philosophe et philologue a orienté ses travaux sur les enjeux politiques de la langue. Elue jeudi 3 mai au premier tour, elle était opposée à Marie de Hennezel et Pierre Perpillou et succède au musicologue Philippe Beaussant.
Barbara Cassin est ainsi la neuvième femme à siéger à l’Académie française trente-huit ans après l’entrée de Marguerite Yourcenar. Et elle sera la cinquième à y siéger en 2018 avec Hélène Carrère d’Encausse, Florence Delay, Danièle Sallenave et Dominique Bona. Cinq femmes sur 36 membres.
Barbara Cassin, a été commissaire de l’exposition « Après Babel, traduire » qui s’est tenue au Mucem, à Marseille l’an dernier et prépare actuellement un dictionnaire sur les trois monothéismes. Son parcours est impressionnant : directrice émérite de recherche au CNRS, cette spécialiste de la rhétorique saura composer le «Dictionnaire» de l’Académie. On lui doit de très approfondis travaux sur la traduction : «Eloge de la traduction. Compliquer l’universel» (Fayard, 2016), «Vocabulaire européen des philosophies» dit «Dictionnaire des intraduisibles» (Seuil-Le Robert, 2004), qui passe en revue 1500 termes philosophiques et analyse leurs traductions dans une quinzaine de langues.
Directrice de collections consacrées la philosophie, elle a pris en 2006 la direction du Centre Léon-Robin (centre de recherches sur la pensée antique) puis, en 2010, la présidence du Collège international de philosophie, dont elle dirige la revue Rue Descartes en parallèle, pour l’UNESCO.
Barbara Cassin a étudié la pensée de Hannah Arendt. Dans cet entretien accordé à l’Obs, elle repousse le qualificatif un brin sexiste du journaliste demandant si la philosophe était « scandaleuse » en parlant de « femme libre ». Et de reprendre cette citation de l’auteure de « La crise de la culture » de 1948 : «Le non-conformisme est la condition sine qua non de l’accomplissement intellectuel».
Non-conformiste, ce n’est pas tout-à-fait la philosophie de l’Académie française. L’institution s’est toujours opposée à la féminisation du langage pour les titres honorifiques et fonctions prestigieuses. Alors même que ses membres sont trop instruits pour ignorer que le langage trace la frontière entre ce qu’une société considère comme légitime et non légitime. Il faut croire que l’Académie française veut se conformer à la traditionnelle domination masculine.
Tout récemment, quand l’ « écriture inclusive » a pointé le bout de son nez, l’Académie était vent debout contre cette initiative.
Voir Le « péril mortel » qui affole les Immortel·le·s
Un vent d’anti-conformisme au sein de la vénérable institution ne devrait pas faire de mal.
