
« Les femmes, on s’assoit dessus ? » : campagne du Laboratoire de l’Egalité en 2012
Plus de 8 femmes (et hommes) sur 10 ont déjà entendu des « blagues sur les femmes ». Près de 6 sur 10 se sont senties exclues d’une réunion. Plus d’une sur deux dit avoir rencontré un frein professionnel en raison de son sexe… Ce sont quelques uns des constats d’une vaste étude sur le sexisme en entreprise.
Près de 15 000 cadres, hommes et femmes, de neuf grandes entreprises françaises1 jugent le sexisme sur le lieu de travail. Cette vaste enquête (à télécharger ici) publiée mardi 17 décembre est une « mise en évidence » du sexisme, « idéologie qui érige la différence sexuelle en différence fondamentale entraînant un jugement sur l’intelligence, les comportements et les aptitudes », indique le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) dont Brigitte Gresy est la rapporteure. Le CSEP est le commanditaire de cette étude réalisée par l’institut LH2.
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Paternalisme lubrique « Ma belle », « ma petite », « ma poule », « ma cocotte », « ma puce »… 49% des femmes ont entendu ces expressions en entreprise. Des appellations qui ont pour but inavoué de mettre les femmes mal à l’aise, de faire en sorte qu’elles ne se sentent pas à leur place, explique notamment Natacha Henry dans « Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique » |
Le sexisme en entreprise est observé par les femmes comme par les hommes, « mais à un degré moindre pour ces derniers ». Ainsi, 80% des femmes interrogées – contre 56% des hommes – considèrent que, « dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes ».
Invisibles ou caricaturées
Les répondantes font état de nombre de comportements et remarques sexistes (sur leur caractère, leur physique…) au quotidien. Par exemple, plus de 8 femmes sur 10 (la proportion d’hommes, sur ce point, est la même) ont déjà entendu des femmes faire l’objet de « blagues sur les femmes ».
Autre résultat frappant : près de 6 femmes sur 10 se sont senties exclues d’une réunion, ou marginalisées quand elles y participaient. Par exemple, 30% des femmes disent avoir vu leur opinion « récupérée par un homme et dès lors chaudement applaudie ». Et si les hommes remarquent, autant que les femmes, les propos sexistes, ils perçoivent beaucoup moins ce genre de comportements : ils ne sont que 5% à relever une telle situation.
Plus d’une femme sur deux a été sollicitée pour des tâches subalternes ou sans rapport avec ses compétences professionnelles.
Tandis que les femmes managers sont ouvertement critiquées : 81% ont entendu quelques stéréotypes aussi agréables que « elle a dû coucher », « elle est agressive », « pire qu’un homme » ou au contraire « trop douce » voire « je ne vais pas faire ce qu’elle demande, c’est une femme »… Autant de remarques qui coupent l’envie pour les femmes de devenir manager.
Trois femmes sur dix, aussi, ont déjà entendu un homme (un supérieur ou un collègue) s’adresser aux seuls hommes face à un collectif mixte.
Freins professionnels
Mais les réponses témoignent aussi de l’influence du sexisme sur la carrière. Ainsi, plus d’une femme sur trois (36%) a eu le sentiment de n’avoir pas été augmentée ou primée en raison de son sexe, ou n’avoir pas été promue, pour la même raison (35%).
Elles sont plus nombreuses encore (54%) à affirmer avoir rencontré un frein professionnel en raison de leur sexe (c’est-à-dire pas augmentées, promues, choisies pour une mission, embauchées ou formées). Moins d’1 homme sur 7 estime avoir rencontré un frein professionnel en raison de son sexe. Et 29% des femmes (contre 4% des hommes) disent avoir entendu des remarques remettant en cause leurs prétentions salariales.
Le constat n’est pas nouveau, la maternité reste mal vue : 79% des femmes et 66% des hommes ont entendu dire que la maternité constituait un frein pour la carrière. A noter que la paternité n’est pas non plus toujours acceptée : 17% des hommes ont entendu dire que n’était pas utile pour un homme de prendre son congé de paternité.
Précédents constats
Selon une enquête dévoilée début novembre par le réseau européen de femmes cadres et entrepreneures EPWN, seules 29% des Françaises (37% pour la moyenne européenne) estimaient que les femmes et les hommes sont traités de façon égale dans leur entreprise (Voir : Les femmes cadres et le « complexe de la bonne élève »).
En mai 2012, l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) relevait pour sa part que dans les trois quarts des entreprises, les répondants jugent la situation d’une femme cadre moins facile que celle d’un homme du même statut (Voir : Entreprises dans le « déni » sur l’égalité femmes/hommes).
« Les entreprises considèrent toujours que les femmes s’investissent moins en termes d’horaires. Des freins persistent à l’égard des femmes mères ou potentiellement mères », observait l’APEC.
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1 Radio France, France Télévisions, la RATP, la SNCF, Orange, GDF Suez, le groupe La Poste, Air France et LVMH.
