Suite à l’annulation du festival d’Angoulême, mobilisation portée en grande majorité par des créatrices, la collective Girlxcott a organisé les Fêtes Interconnectées de la bande dessinée partout en France. Des rencontres empouvoirantes qui esquissent le futur du 9ème art.

C’est le collectif qui a insufflé le boycott du festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD). Porté presque exclusivement par des autrices et dessinatrices, ce mouvement s’est surnommé le « Girlxcott ». Les créatrices de bande dessinée expriment à l’unisson leur ras-le-bol du boys’ club du 9ème art.
Boycott du FIBD
Tout est parti d’une enquête publiée dans le journal L’Humanité avant l’édition 2025 du festival d’Angoulême. La journaliste Lucie Servin révélait un management toxique au sein de 9èmeArt+, la société gérante du FIBD depuis 2008, des logiques commerciales prenant le dessus sur la qualité des propositions culturelles ainsi que la situation de précarité des auteur.rice.s.
Mais c’est la révélation de violences sexistes et sexuelles qui a provoqué le tollé contre le FIBD. Une employée de 9èmeArt+, surnommée Chloé mais qui a depuis témoigné à visage découvert, affirme avoir été droguée et violée par un prestataire lors de l’édition 2024. Lorsqu’elle en parle à sa responsable des ressources humaines, on lui conseille de prendre la pilule du lendemain. Quelques jours plus tard, Chloé appelle le délégué général de la société, Franck Bondoux. Ce dernier aurait alors nié toute responsabilité du festival, l’agression étant survenue “en dehors des heures de travail”. Chloé décide finalement de porter plainte pour viol. Résultat : Franck Bondoux la convoque, lui reproche un comportement inadmissible et la licencie pour « faute grave ».
Lire : « Festival d’Angoulême : avancées et reculs de la lutte contre le sexisme dans la BD«
Lors de l’édition 2025, des pancartes de soutien à Chloé sont affichées un peu partout dans le FIBD. À partir de là, la mobilisation contre 9èmeArt+ grandit. L’appel au boycott prend de l’ampleur, largement porté par des créatrices qui, déjà dix ans plus tôt, en 2015, se rassemblaient au sein du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme. Aujourd’hui, elles sont encore plus nombreuses.
Depuis les débuts du 9e art, les femmes ont fait de la bande dessinée. Leurs revendications pour l’égalité et la fin de la banalisation du sexisme ne date pas non plus d’aujourd’hui. Les exemples sont pléthores : le manifeste “Navrant”, publié en 1985 dans Le Monde par Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier et Jeanne Puchol, la tribune « Dessinatrices oubliées« , parue en 1998 dans le même journal, ou, plus récemment, en 2025, lorsque 285 autrices ont appelé au boycott du FIBD dans les pages de l’Humanité. La lutte pour l’égalité dans la bande dessinée ne date pas d’aujourd’hui. Mais désormais, les revendications des créatrices se font entendre.
Inventer le festival de demain
Depuis sa création en 1974, le festival d’Angoulême est devenu un rendez-vous incontournable du milieu de la BD. Après son annulation, annoncée en novembre 2025, la collective Girlxcott a voulu marquer le coup. Résultat : des Fêtes Interconnectées de la bande dessinée ont fleuri un peu partout en France ainsi qu’à Bruxelles en Belgique et à Barcelone en Espagne, où des créateur.rice.s ont organisé de nombreux événements autour de la bande dessinée. Tables rondes, ateliers créatifs, dédicaces, etc. Le but ? « Célébrer la BD sous toutes ses formes, en ouvrant des espaces joyeux et inclusifs », indique la charte du Girlxcott. L’idée étant aussi d’esquisser « l’après Angoulême ».

« Il fallait prendre ces questions à bras le corps. Pour en finir avec les normes sexistes et racistes qui, au gré de l’humour, du marivaudage et de la séduction, font de la casse », a déclaré la journaliste Lucie Servin, membre du Girlxcott, lors d’une table ronde organisée ce dimanche 1er février au Ground Control à Paris. Également présente, la dessinatrice Lisa Mandel, à l’origine du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, se réjouit des résultats de cette nouvelle mobilisation : « On avait un pouvoir qu’on ne soupçonnait pas ! ». Il faut dire qu’une omerta pesait, et pèse encore, dans l’industrie de la bande dessinée. « On refuse de parler parce que nos métiers en dépendent », explique Marie Bardiaux Vaïente, historienne et autrice de BD, également présente à une table ronde consacrée au VHMSS ( Violences et Harcèlement Sexistes, Sexuels et Morales).
En se rassemblant, en 2015 comme en 2025, les créatrices ont pris conscience du système de discriminations qui pesait sur elles. Marie Bardiaux-Vaiente insiste : « Il faut inscrire nos luttes dans des récits collectifs, pour qu’on ne puisse pas manipuler notre propre histoire ». Face au boys’ club, les créatrices apparaissent aujourd’hui nombreuses. Le rapport de force bascule. Alors, à quoi ressemblera le festival d’Angoulême de demain ? Si une nouvelle société doit être prochainement élue pour reprendre la gestion du festival, la collective Girlxcott pose les bases : éthique, safe, paritaire et joyeux. « On ne peut pas revenir en arrière », martèle le Girlxcott.
Pour en savoir plus sur le sexisme dans l’histoire du 9ème art, lire : Bande dessinée : les femmes sortent de leur bulle. Une histoire mixte du 9ème art
par Clara Authiat,. Collection ÉgalE à Égal, coéditée par Le Laboratoire de l’égalité et LNN édition. 74 pages, 9 euros
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