Une étude de l’Ifop alerte : un « clivage de genre béant » s’ouvre entre les adolescents. Les filles sont plus féministes que les garçons. Et, face au masculinisme montant, le retard de l’éducation féministe à la vie affective et sexuelle laisse l’écart se creuser.

Quelle est la réalité de l’adolescence à l’ère post-MeToo ? Quels sont les rapports entre les filles et les garçons ? Comment appréhendent-ils les questions de genre ? Se projettent-ils dans la parentalité ? Une nouvelle étude de l’Ifop, réalisée pour le magazine Elle, soulève ces différentes questions afin de décrypter les opinions des adolescent.e.s entre 15 à 17 ans vivant en France métropolitaine.
Une nouvelle génération féministe
Premier constat : cette nouvelle génération d’ados est plus féministe que les adultes. 61 % des 15-17 ans se considèrent féministes, contre 58 % des adultes. Cette conscience féministe se traduit notamment par une forte assimilation de la notion de consentement. L’étude rapporte que 96 % des jeunes, filles comme garçons, sont d’accord avec le fait que le consentement est « indispensable ». Ils entretiennent également de bonnes relations puisque 90% des jeunes déclarent avoir au moins un ami du sexe opposé.
Face aux injonctions à la parentalité, dans le contexte du « réarmement démographique » prôné par Emmanuel Macron, seuls 57% des jeunes de 15 à 17 ans – 55% des garçons contre 61% des filles – déclarent vouloir avoir des enfants. Une importante baisse par rapport à leurs aînés qui, au même âge, il y a 40 ans, étaient 77% à exprimer leur désir d’avoir des enfants. L’Ifop précise que pour les jeunes filles se revendiquant féministes, cette proportion diminue encore : 31% des jeunes filles « très féministes » ne souhaitent pas avoir l’enfant, soit trois fois plus que chez celles non féministes (12%).
« Une « génération Metoo » qui rejette beaucoup plus que celle de ses parents au même âge les injonctions à la maternité, à l’hétérosexualité ou à des modèles conjugaux traditionnels voir patriarcaux », conclut François Kraus, directeur du pôle politique-actualité et responsable des questions de genre et de sexualité à l’Ifop.
Un “gender gap”
Mais cette prise de conscience féministe reste limitée. Trois quarts des jeunes filles de 15-17 ans (77 %) revendiquent une sensibilité féministe, contre moins d’un jeune garçon sur deux (45%). Un «gender gap » se creuse. « Un clivage de genre des plus béants entre des jeunes filles massivement progressistes et des garçons nettement plus conservateurs, clivage alimenté par les postures masculinistes », note l’étude. L’Ifop observe même « un rejet du féminisme particulièrement prégnant chez les jeunes des milieux les plus populaires et les plus religieux ». Un rejet qui va de pair avec la persistance des stéréotypes LGBTphobes. Une tendance lourde qui touche d’autres jeunes générations.
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Résultat : les filles ont une image « légèrement dégradée » des garçons. Ils sont perçus comme moins « cool » (-9 points), moins gentils (-7 points) et moins romantiques (-17 points). Ils sont également jugés davantage « machos » (+3 points), légèrement plus agressifs (+2 points) et plus violents (+2 points).
Ce climat amène 69% des filles de 15-17 ans à être inquiètes pour leurs droits, contre seulement 45% des garçons.
Les dangers du masculinisme
Résultat : 41 % des garçons considèrent que les féministes ont une « haine des hommes », contre 37 % des filles. Or, c’est pourtant l’idéologie masculine qui est motivée par une profonde haine des femmes. Que de jeunes garçons en soient intimement convaincus est un terreau fertile pour les prédicateurs masculinistes.
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Dans leurs discours, ils accusent notamment MeToo et les féministes de saboter les rapports de séduction. L’Ifop rapporte qu’un jeune sur deux estime qu’il est devenu plus difficile de séduire. 56% des garçons partagent ce sentiment, contre 44% des filles. La série britannique Adolescence avait interpellé le monde entier quant à la montée de ces discours, et ses dangers, chez les adolescents. Aujourd’hui, le masculinisme commence à être davantage connu et à pénétrer le début public. En 2025, le mot « masculinisme » est arrivé largement en tête des mots les plus recherchés sur le site du dictionnaire Le Robert en 2025. Lire : « En 2025, le bruit masculiniste s’intensifie… la résistance aussi«
À l’inverse, c’est bien le féminisme qui défend une véritable égalité politique, sociale et culturelle entre les femmes et les hommes.
Face aux offensives masculinistes, les programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école doivent être défendus et appliqués. Le Royaume-Uni sert d’exemple : après la sortie de la série Adolescence qui a fait l’effet d’un électrochoc, une réforme éducative majeure est prévue, intégrant les notions de respect, de consentement et de relations saines dès l’école.
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