Au Mucem, à Marseille, l’exposition « Bonnes Mères » déconstruit une vision idéalisée de la maternité et célèbre la pluralité des vécus. Une exposition qui prend de la distance avec les injonctions au « réarmement démographique » qui s’intensifient.

Qu’est-ce qu’une « bonne mère » ? Une femme « qui travaille comme si elle n’avait pas d’enfants, élève ses enfants comme si elle n’avait pas de travail ». Cette vision fantasmée sui limite l’horizon des femmes est dans le viseur de l’exposition Bonnes Mères au Mucem à Marseille. Loin du fantasme et de l’injonction à enfanter, l’exposition célèbre la maternité dans sa diversité afin d’y déceler son potentiel émancipateur.
La maternité au pluriel
La maternité questionne depuis toujours les débats féministes. La mythologie, les croyances religieuses ou encore les idéologies politiques ont façonné une certaine vision de la maternité comme l’accomplissement ultime des femmes, leur rôle à jouer dans la société. « De la mère de Dieu à la mère de la patrie, les sociétés ont sans cesse eu besoin de mères symboliques pour se raconter, croire et adhérer. L’exposition vient justement fissurer cette idéalisation pour redonner voix et corps à la pluralité des mères réelles : puissantes, ambivalentes, imparfaites et profondément vivantes », détaille Anne-Cécile Mailfert, fondatrice de la Fondation des Femmes et co-commissaire de l’exposition, dans un communiqué.
À travers plus de 350 œuvres et objets provenant de 20 pays du pourtour de la Méditerranée, l’exposition du Mucem questionne les représentations « idéalisées ou instrumentalisées » des mères au fil des époques et dans les différentes disciplines artistiques. « La maternité a souvent servi à justifier une domination ‘naturelle’ des hommes sur les femmes. Nous voulons au contraire donner à voir la maternité comme sujet politique et espace d’émancipation. L’exposition valorise les mères comme actrices de la société, renversant l’idée que la maternité serait seulement un enfermement dans l’intime », revendique la fondatrice de la Fondation des Femmes.
Réarmement démographique
Cette exposition évite l’écueil de la maternité sacrée et de l’injonction à enfanter. Il faut dire que les politiques pour le « réarmement démographique » se multiplient en France… comme ailleurs.
Le 19 mars dernier, l’AFP a révélé avoir consulté un document du Ministère de la santé russe qui recommande aux médecins d’orienter les femmes âgées de 18 à 49 ans qui ne veulent pas d’enfants vers « une consultation avec un psychologue dans l’objectif de former une attitude positive à l’égard de la maternité ». Une recommandation d’autant plus scandaleuse que l’on conseille aux hommes du même âge un simple bilan de leur état de santé physique. Avec cette mesure, le gouvernement russe stigmatise les jeunes femmes ne manifestant aucun désir de maternité, comme si ce choix allait à l’encontre de leur « nature » et de leur rôle social…
Cette mesure s’inscrit dans la politique de Vladimir Poutine pour rehausser le taux de natalité dans le pays, actuellement en baisse : environ 1,4 enfant par femme. Un phénomène aggravé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie où des centaines de milliers de jeunes hommes russes ont été envoyés.
En France, un plan de relance de la natalité a lui aussi exaspéré. Au début du mois de février 2026, les personnes âgées de 29 ans ont appris qu’elles recevront dans l’année un courrier du gouvernement afin de les sensibiliser aux problèmes d’infertilité et leur proposer une consultation médicale. Ce plan contre l’infertilité n’est pas sans rappeler la volonté d’Emmanuel Macron pour le « réarmement démographique » du pays. Or, avant d’encourager les femmes à devenir mère, encore faut-il cesser de les réduire à ce rôle et de leur donner les moyens d’avoir un enfant sans que cela leur coûte leur carrière.
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