Une étude internationale alerte : les filles reculent en mathématiques à l’échelle mondiale. Un phénomène précoce et massif, particulièrement marqué en France.
Après plusieurs années d’amélioration, la tendance s’inverse. Les filles perdent à nouveau du terrain en mathématiques. C’est le constat de l’étude « Girls losing ground: The widening gender gap in mathematics », publiée par l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement) en partenariat avec l’UNESCO qui s’appuie sur les données de l’étude TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study).
Les chiffres sont sans équivoque : 81 % des systèmes éducatifs présentent en 2023 un écart significatif en faveur des garçons en fin de primaire contre 52 % en 2019 et 39 % en 2015
Plus de filles en difficulté, moins parmi les meilleures
Cette évolution est d’autant plus préoccupante qu’elle ne concerne pas seulement les résultats moyens. Plus de filles que jamais sont scolarisées aujourd’hui, mais en mathématiques, elles sont de plus en plus nombreuses parmi les élèves en difficulté, tout en restant sous-représentées parmi les meilleurs élèves. Dans 21 % des pays, davantage de filles n’atteignent pas le niveau minimal en mathématiques (contre 4 % en 2019). 85 % des systèmes éducatifs voient les garçons dominer parmi les élèves les plus performants.
Un enjeu clé pour l’égalité professionnelle
Ces écarts ne s’arrêtent pas à l’école. Les mathématiques jouent un rôle central dans l’accès aux filières scientifiques et techniques, les STEM, au cœur des métiers d’avenir.
Or, à l’échelle mondiale, seulement 36 % des diplômés en STEM sont des femmes, un chiffre qui stagne depuis une décennie. Cette sous-représentation alimente directement les inégalités de carrière et de salaire.
La France, championne des inégalités
Dans ce paysage mondial, la France se distingue… défavorablement. Elle est aujourd’hui le pays où l’écart entre filles et garçons en mathématiques est le plus fort à l’école primaire.
Et cet écart apparaît très tôt. Une étude portant sur 2,65 millions d’élèves montre qu’à l’entrée au CP, filles et garçons ont le même niveau. Mais en quelques mois à peine, les filles décrochent. Un phénomène généralisé quel que soit le milieu social sur tout le territoire
Les différences se confirment ensuite dans les résultats et les choix scolaires. À l’entrée en sixième : 259 points en mathématiques pour les garçons, contre 248 pour les filles. Dans les compétences de base : 69 % des garçons maîtrisent certaines opérations, contre 55 % des filles
Conséquence : en terminale, en spécialité mathématiques on ne compte que 42 % de filles. Et environ 25 % dans les formations d’ingénieurs et du numérique. Plus les filières sont scientifiques, plus elles se masculinisent.
Des inégalités construites, pas naturelles
Pour l’UNESCO, ces écarts ne relèvent pas de différences de capacités. Ils sont liés à des mécanismes sociaux bien identifiés : stéréotypes de sexe, attentes différenciées, manque de modèles féminins, moindre confiance en soi… À niveau égal, les filles se projettent moins dans les mathématiques. Elles doutent davantage de leur légitimité. L’école, loin de corriger ces biais, tend à les reproduire.
Et le recul observé aujourd’hui serait liés aux effets durables de la pandémie de Covid-19. Les fermetures prolongées d’écoles auraient fait faire un bond en arrière à la confiance et la mobilisation des filles
En France, les alertes se multiplient depuis que la réforme Blanquer a laissé plus de liberté – et donc plus de soumission aux stéréotypes- pour apprendre les mathématiques en première et terminale
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Le plan Borne lancé en 2025 n’a pas vraiment produit ses effets.
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Même si la réforme Blanquer est désormais corrigée, le gâchis des talents féminins pour les mathématiques ne s’arrêtera pas sans une réforme culturelle d’ampleur. Comme le prône l’Unesco, il faut cesser d’inhiber les filles. Cesser de mettre dans leurs têtes qu’elles ne sont pas douées pour les math et les sciences alors que les garçons auraient un talent naturel pour ces disciplines. C’est un travail qui dépasse le cadre de l’école.

