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Quand les bébés freinent les carrières

par La rédaction

La Fonction publique doit cesser de pénaliser les interruptions de carrière liées à la grossesse et la maternité. La députée UMP Françoise Guégot appelle le gouvernement à prendre des mesures avant la fin de l’année. Pour la Halde, les femmes restent trop mal informées des recours possibles contre ces discriminations.


 

Dans un rapport remis lundi 7 mars à l’Elysée, la députée UMP Françoise Guégot (photo) préconise le recours aux quotas pour féminiser les postes de direction de la Fonction publique. (1)

La députée préfère parler de « promotion des talents » et d’« objectifs chiffrés » plutôt que de quotas. Au final, ce seront les mêmes règles que celles votées au début de l’année pour les grandes entreprises privées : obliger les administrations à employer 40% de cadres supérieurs d’un sexe ou de l’autre d’ici 2015.

La question des congés maternité et parental prend une place importante dans ce rapport. Pour éviter que les mères soient pénalisées par ces interruptions de carrière, Françoise Guégot juge « essentielle » la tenue d’entretiens « avec le responsable RH et un responsable hiérarchique » avant et après le départ en congé. Ces deux entretiens, précise la députée, « pourraient être institués par décret avant la fin de l’année 2011. »

Françoise Guégot appelle aussi le gouvernement à agir avant la fin de l’année pour que tout fonctionnaire conserve la totalité de ses droits à l’avancement pendant son congé parental.

Deux bonnes pratiques piochées chez le groupe L’Oréal, alors que la Fonction publique, déplore la députée, « continue de considérer ce temps spécifique comme une période qui ne fait pas partie intégrante de la vie professionnelle ».

« Modifier la perception de la maternité dans l’entreprise »

En 2010, la Haute autorité de lutte contre les discriminations a enregistré 615 réclamations de femmes pour des discriminations liées à la grossesse et à la maternité (615 en 2010 contre 259 en 2009 et 126 en 2008). Ce représente plus de la moitié de l’ensemble des saisines portant sur les inégalités entre les femmes et les hommes.

 


La Halde appelle à clarifier un point de droit
: en cas de rupture de la période d’essai fondée sur la grossesse, la salariée peut être protégée via deux articles du code du travail. Deux façons d’interpréter la discrimination, deux sanctions différentes.

L’article L. 1225-1 concerne la protection de la grossesse et de la maternité pendant la période d’essai. La sanction, dans ce cas, est la rupture abusive.

L’article L. 1132-1 concerne l’interdiction des discriminations en matière de recrutement. Dans ce cas, la sanction est la nullité.

La Halde demande au ministre du Travail, comme elle l’avait déjà fait en juin 2009, l’harmonisation de ces sanctions dans le sens de la nullité, une solution « plus protectrice pour les femmes ».

Dans cette lutte contre les stéréotypes, la mise en valeur du congé pour les pères n’est-elle pas un enjeu essentiel ? C’est ce que pense Laurence Parisot. Vendredi 4 mars, la patronne des patrons s’est dite favorable à un congé paternité obligatoire. Dans son rapport, Françoise Guégot ne s’attarde pas sur ce point mais fait remarquer qu’en France le congé maternité est bien plus long que le congé paternité. Il faudrait alors, juge-t-elle, « laisser le choix de prendre une partie de ce congé maternité à la mère ou au père. »

Comme celle des inégalités salariales, qu’elle recoupe en partie, la question des congés de maternité devra être abordée lors des négociations avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle, qui reprendront en juin.

 


1) Comme nous l’évoquions en janvier ; le rapport sur « l’égalité professionnelle hommes/femmes dans la fonction publique » est en ligne ici).

2) Dominique, Meurs, Ariane Pailhé, Sophie Ponthieux, « Enfants, interruptions d’activité des femmes et écarts de salaire entre les sexes », Revue de l’OFCE n°114, juillet 2010.

3) La Halde a publié une brochure de « Conseils pour une grossesse sans discrimination ».

 

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10 commentaires

travail pas pour les 8 mars 2011 - 12:27

Qui reste chez eux 😛

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Lora 8 mars 2011 - 14:58

En même temps, la Halde n’est jamais prompte à soutenir une plainte en discrimination pour sexisme, même patent, contre les femmes…
Si tu es une femme à la peau foncée et que tu es discriminée, il est encore toujours plus efficace de porter plainte pour racisme que pour sexisme!

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Madame 9 mars 2011 - 13:46

Un congé maternité à partager avec le père ? Et la grossesse, l’accouchement, la césarienne, la rééducation, l’allaitement, on va aussi le partager avec le père ?
Le congé maternité, plus long pour la mère oui. Un congé parental, rémunéré pour le père ou la mère oui.
Mais partager un congé  » maternité » qui est là pour permette à la maman de se reposer de cette épreuve physique et de faire connaissance avec son bébé, c’est du grand n’importe quoi.

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Gabrielle_blogueuse 9 mars 2011 - 14:01

@Madame: Et le père, il ne fait pas connaissance avec son bébé?
Un conjoint disponible toute la journée (et la nuit!) pour s’occuper également du nouveau-né ne soulage-t-il pas la mère qui peut alors récupérer plus vite?
L’occasion en plus de prendre de bonnes habitudes de partage des tâches 🙂

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Laurent 9 mars 2011 - 17:34

Je trouve que c’est normal que les personnes qui consacrent une partie de l’année à un acte privé, faire un enfant, évoluent moins cette année là que ceux qui ont bossé tous les jours.
Faire un enfant c’est une décision importante qui a un impact fort sur sa vie. Nos lois permettent déjà de s’absenter du travail pendant 4 mois (1/3 de l’année), je ne comprend pas qu’on puisse réclamer en plus tous les avantages facultatifs et dépendants du travail fourni comme les primes, les augmentations, les promotions etc …

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Gabrielle_blogueuse 10 mars 2011 - 08:01

@Laurent: donc selon vous les femmes qui font des enfants sont priées de la fermer et de rester bien docilement dans leur coin avec leur 18% de salaire en moins?
et d’ailleurs un enfant se fait à deux. pourquoi ne pas répartir sur les deux parents le « désavantage » (!) à faire un enfant, histoire de mettre tout le monde à égalité? (congé paternité, généralisation des temps partiels pour hommes…)

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Léandre 10 mars 2011 - 09:44

Je ne peux que me réjouir devant ces propositions (encore que les deux entretiens ne changeront pas grand chose…)

Vive le congé paternité !! et vu certains des commentaires, oui à le rendre obligatoire !!!

Je voudrais cependant souligner que la part des femmes fonctionnaires qui ne souhaitent pas évoluer (ou en tout cas dans une certaine limite) afin de rester plus disponible pour leur famille est sans doute supérieure à la moyenne.

Pour l’avoir vécu, il y a une importante auto-sélection à l’entrée : les étudiantes qui souhaitent travailler tout en ayant du temps pour leur famille et future famille s’orientent massivement vers le public car la sécurité de l’emploi y est meilleure. Elles savent qu’elles pourront prendre un temps partiel ou un congé parental long sans risquer le chômage.

D’ailleurs les quelques hommes qui choisissent ces carrières ont souvent aussi cette préoccupation familiale et prennent leur congé parternité, passent du temps avec les enfants et prennent une part notable de tâches ménagères. Ils savent que la possibilité de les pénaliser est moindre.

Du coup il est probable que ce soit un milieu globalememnt plus « traditionnaliste » que d’autres…et que les femmes qui souhaitent évoluer le plus haut possible soient freinées par des hiérarchies très traditionnelles…

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Léandre 10 mars 2011 - 09:51

« Laurent »
Je trouve que c’est normal que les personnes qui consacrent une partie de l’année à un acte privé, faire un enfant, évoluent moins cette année là que ceux qui ont bossé tous les jours.
Faire un enfant c’est une décision importante qui a un impact fort sur sa vie. Nos lois permettent déjà de s’absenter du travail pendant 4 mois (1/3 de l’année), je ne comprend pas qu’on puisse réclamer en plus tous les avantages facultatifs et dépendants du travail fourni comme les primes, les augmentations, les promotions etc …

Malgré le ton agressif de laurent, sur le fond je suis assez d’accord avec lui.

Mais comme faire un enfant est un choix privé de couple, il n’y a pas de raison que seules les femmes en subissent l’impact. D’où ma défense d’un congé parternité obligatoire et plus long que l’actuel !!!

Pour vous rasssurer Laurent, les femmes ne réclament aucun avantage facultatif dépendant du travail fourni. En effet la loi oblige les entreprises à accorder à une femme la moyenne des augmentations salariales accordées dans l’année aux autre salariés ainsi que les éventuelles distributions de bonus de l’entreprise (accordés à tous les salariés quelques soit leur performance). Donc ni les primes ni les promotions.

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dom 11 mars 2011 - 07:14

les femmes n’ont simplement qu’à exiger ce qu’elles veulent ou quitter le père… eles sont quand même majeures, tant pis pour elles si elles conduisent comme des bécasses. Pour reprendre Laurent évidemment on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre…
quant aux bonnes paroles de parisot : qui va croire une femme comme elle ? a part défendre le patronot bec et ongles je nai pas l’impression qu’elle fasse quoi que ce soit…

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L’égalité hommes-femmes en quelques liens… 29 août 2022 - 09:57

[…] la prise en compte de la maternité et les discriminations liés à ce sujet dans la fonction sur Les Nouvelles News. Pascale Joannin, Directrice générale de la Fondation Robert Schuman, fait un topo sur […]

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