Accueil Politique & SociétéÉducation Rentrée des classes : le HCE appelle à un plan d’urgence de l’égalité

Rentrée des classes : le HCE appelle à un plan d’urgence de l’égalité

par La rédaction

Les violences sexuelles sont en forte hausse chez les jeunes. Sans une puissante éducation à l’égalité, elles devraient s’accroître.

Photo Blandine Le Cain sur Flickr (CC BY 2.0)

Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse Pap Ndiaye interviewé par Brut a semblé déterminé avant la rentrée des classes : « Nous devons réactiver très fortement l’éducation à la sexualité. Pour plein de raisons : des raisons d’épanouissement personnel bien sûr, mais aussi des raisons liées à la prévention et à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Une bonne éducation à la sexualité est un bon moyen de prévenir ces formes de violence». Mais il n’a pas annoncé qu’il engagerait des actions et financements à la hauteur de cette immense tâche. A la veille d’une rentrée qui s’annonce compliquée avec un manque criant d’enseignants et de moyens, la question de l’éducation à la sexualité risque encore de passer à la trappe laissant ainsi s’amplifier les violences sexistes et sexuelles.

Alors le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) lance un nouvel appel à engager un plan d’urgence de l’égalité à l’école.

Depuis que l’accès au porno est facilité par l’Internet, les jeunes se font de la sexualité une idée très violente. La dernière enquête sur « les Français.e.s et les représentations sur les violences sexuelles » le montrait clairement.

Lire : CONTRE LA CULTURE DU VIOL, DES AMÉLIORATIONS MAIS LE PORNO CASSE LA DYNAMIQUE

Face à ce déferlement d’images, l’éducation à la sexualité enseignée par l’école est famélique. La loi de 2001 (article L312-16 du code de l’éducation) prévoit à peine qu’une « information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles. » Ce qui est très peu mais n’est, le plus souvent, même pas dispensé.

Et ce n’est pas faute d’alerter les gouvernements (voir nos articles mentionnés ci-dessous).

Alors en cette rentrée, le HCE tire à nouveau la sonnette d’alarme : « L’absence d’éducation à la vie sexuelle et affective favorise le sexisme, qui est lui-même l’antichambre des violences. Il faut d’urgence prendre le mal à sa racine chez les jeunes générations », alerte à nouveau Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

L’appel reprend les chiffres très parlants d’un récent rapport du HCE et de son baromètre Sexisme :

1 jeune sur 4 déclare avoir déjà eu des rapports sexuels non consentis.
1 femme sur 5 de moins de 24 ans a déjà subi un viol ou une agression sexuelle.
– « Le harcèlement sexuel est massif : plus d’1 jeune femme sur 2 a déjà vécu un acte ou un propos sexiste à l’école et a déjà subi des remarques sur son physique ou sa tenue »
1 jeune femme sur 5 est victime de pornodivulgation. Et sous pression des réseaux sociaux les 18-34 ans font plus de chirurgie esthétique que la tranche des 50-60 ans. « A ce titre, le HCE recommande de renforcer impérativement la législation sur les contenus retouchés en ligne. »

Côté culture du viol :
– Près d’1 jeune sur 5 considère qu’un homme qui insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe n’est « pas du tout sexiste ».
– Un quart estime que lorsqu’une femme dit « non » pour une relation sexuelle, cela veut dire « oui », selon l’enquête de l’association Mémoire traumatique et victimologie. (citée plus haut)
– Plus d’un tiers des 18-24 ans pensent qu’une femme peut prendre plaisir à être humiliée ou injuriée, et près d’un quart estime qu’elle prend du plaisir à être forcée.
– Forcer sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle refuse est perçu comme un viol par seulement moins de 3 jeunes hommes sur 5, contre plus de 4 jeunes femmes sur 5.

« Face à cela, l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle brille par son insuffisance et son inadaptation aux besoins » écrit le HCE.

Et ce n’est pas tout ! Parce que les violences sexuelles sont l’aboutissement d’un continuum de violences et de culture patriarcale, le HCE élargit son propos et rappelle que  l’école elle-même infuse des stéréotypes et des normes qui seront intériorisés autant par les filles que par les garçons. Dans leurs manuels scolaires, les représentations genrées vont bon train : « ainsi, moins de 10% des textes présentés ont été rédigés par des femmes, et une femme représentée dans une fonction professionnelle au statut ou au prestige supérieur ne représente qu’à peine plus d’1% des illustrations étudiées. »

Le HCE demande de suivre cinq pistes, déjà plusieurs fois évoquées a propos de l’éducation à la sexualité et plus largement de l’éducation à l’égalité :
Garantir la tenue des enseignements obligatoires à la sexualité, prévus par la loi.
Adopter un plan national d’orientation professionnelle dès le collège pour orienter les jeunes filles vers les métiers scientifiques, techniques, numériques, et d’avenir.
Renforcer le combat contre le harcèlement, le cyberharcèlement et les violences en ligne dans tous les établissements.
Concevoir et mettre en œuvre un plan national visant à assurer la sécurité des jeunes femmes dans la rue.
– Inclure dans les recommandations émanant du conseil national des programmes une obligation de justes représentation et proportion de figures féminines dans les manuels, programmes scolaires et les sujets d’examen.

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