Retraites des mères sauvées, mais le débat sur l’égalité professionnelle et salariale est encore esquivé

par Isabelle Germain

Finalement, rien ne devrait changer pour les retraites des femmes, a dit Xavier Darcos, le ministre du travail sur Europe 1 ce dimanche. Encore une occasion ratée de débattre et de trouver des solutions aux inégalités de salaire et de retraite entre hommes et femmes. Les lois sur l’égalité salariale et professionnelle sont sans cesse repoussées et, faute de systèmes de gardes d’enfants adaptés, les femmes sont toujours obligées de consentir des sacrifices professionnels. 


 

« Les femmes, et les femmes seules, doivent bénéficier de la majoration de durée d’assurance » a annoncé Xavier Darcos, ministre du travail, ce dimanche sur Europe 1. Fermez le ban. La perspective de la fin des « avantages » accordés aux femmes sur le calcul de leur retraite se profilait depuis un arrêt de la cour de cassation accordant à un homme ayant élevé seul ses six enfants les mêmes droits qu’aux femmes. L’idée a soulevé de vives protestations et controverses.

La Caisse nationale d’assurance vieillesse et bien d’autres ont fait remarquer que cette mesure conduirait à accroître les inégalités de pensions entre hommes et femmes. Les retraites des femmes étant inférieures de 40% à celles des hommes, il était inconcevable de faire reculer leur droit. Résultat (provisoire ?) : la première année de majoration d’assurance vieillesse sera accordée « au motif qu’elles ont attendu un enfant et qu’elles ont commencé à l’élever » a dit le ministre et la deuxième « au motif qu’elles l’ont élevé ». Seul changement : la deuxième année pourrait être accordée à l’homme « si le couple le souhaite ».

Les femmes toujours dans l’obligation de sacrifier leur vie professionnelle

Autrement dit, la femme est supposée s’occuper des enfants, l’homme ne le fait qu’à titre exceptionnel et aucun dispositif n’est mis en place pour pallier les inégalités salariales et de retraite qui en découlent. L’occasion a encore été ratée de mener une réflexion de fond sur le sujet ! Le gouvernement avait promis de réfléchir à une meilleure façon de concilier vie familiale et vie professionnelle. Lorsque le rapport Tabarot publié il y a un an est sorti, le Président de la République a évoqué un droit opposable à la garde d’enfants et une multiplication des places en crèches… Rien n’est venu.
 
Aujourd’hui, un peu plus de 60% des enfants de moins de trois ans sont gardés par leur mère qui, par conséquent sacrifie sa vie professionnelle. Côté égalité salariale, ce n’est pas mieux. Alors que le rapport Gresy préconise des quotas de 40% à la tête des entreprises pour en finir avec le plafond de verre, Xavier Darcos a déclaré récemment dans Le Monde que cette évolution devrait s’accomplir d’elle-même. Cela fait pourtant des années que le compteur du nombre de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises est bloqué à 10%. Les femmes gagnent en moyenne 27% de moins que les hommes, elles constituent le plus gros des bataillons de chômeurs et sont, plus souvent que les hommes, soumises au temps partiel subi. Il est peu probable que cette situation change sans contrainte et sans dispositif permettant réellement de concilier la vie professionnelle et la vie familiale.
 
 
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4 commentaires

philogyne 8 mars 2011 - 12:42

Une remarque en passant : « 60% des enfants de moins de 3 ans sont gardés par leur mère » : c’est plutôt un chiffre positif, on était à 100% il n’y a pas si longtemps.
Et il ne faudrait pas oublier que le plafond de verre concerne aussi les hommes : en effet, il n’est pas la résultante du genre, mais des mafia de grandes écoles.

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Martine 22 mars 2011 - 18:09

Voilà une belle contre-vérité !Le plafond de verre concerne les femmes, en particulier dans les grandes entreprises, mais aussi en politique. Voir les candidats aux cantonales : candidats et suppléantes dans la majorité des cantons !!!

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Giulia 4 avril 2011 - 18:23

Demander plus de places en crèche, c’est bien. Faire en sorte que les femmes ne sacrifient pas leur vie professionnelles, c’est bien aussi.
Mais quand est-ce qu’on parlera de ces femmes et de ces hommes, qui aimeraient pouvoir travailler ET élever leurs enfants ? Et en pas avoir à choisir entre les deux ? Je suis une femme, et je n’ai PAS envie de mettre ma fille en crèche 35 h par semaine, pas plus que je n’ai envie de me faire exploiter 35h par semaine.
Pour moi le vrai débat, c’est repenser notre société. Pourquoi les adultes sont-ils séparés de leurs enfants ? Pourquoi les jeunes sont-ils séparés des vieux ? Pourquoi une famille cela veut dire : un homme une femme et un enfant ? Pourquoi tant d’isolement de tous les côtés ?

Bref, je pense que le capitalisme est autant à combattre pour combattre aussi les inégalités hommes-femmes. Mais je suis utopiste, je sais.

Une femme « libre », au foyer et qui n’a aucune envie de retourner bosser dans les conditions qui sont proposées.

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nine 29 janvier 2015 - 11:06

vous dites pas envie d’aller me faire exploiter, mais vous comptez sur qui pour manger vous et vos enfants ? vous vous en remettez à votre mari, est-ce que c’est ça la liberté ?
dans notre système il faut produire pour gagner son salaire, le débat
par rapport à l’exploitation c’est le rapport de forces dans l’entreprise, au bureau, pour se faire respecter…
j’ai élevé trois enfants et travaillé jusqu’à la retraite, en plus
je militais pour les droits des femmes et encore jusqu’à près de80 ans, mettez-donc tout ça dans votre réflexion par ailleurs intéressante mais comme vous le dites « utopique »…
une féministe pour l’égalité dans la famille (partage des tâches avec les maris,dans la société : salaires, promotion, la liberté, les droits, la paix dans le monde dans la laïcité.

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