Le combat pour la reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle progresse en France. Rencontre avec Sylvie Pioli, infirmière retraitée, dont le cancer du sein, dû au travail de nuit, vient d’être reconnu par le tribunal administratif de Marseille.

Le 3 mars 2026, le tribunal administratif de Marseille a reconnu un « lien direct » entre votre cancer du sein et vos conditions de travail, notamment le travail de nuit. Quelle a été votre réaction ?
Sylvie Pioli – J’ai bien évidemment été très contente de la décision du tribunal. C’est le résultat de dix longues années de combat. J’ai travaillé de nuit comme infirmière à l’hôpital de Martigues pendant 25 ans. En 2014, on m’a diagnostiqué un cancer du sein. Un médecin m’a alors dit : « Cherche pas, cancer du sein et travail de nuit ça va ensemble ». À partir de là, j’ai fait des recherches et j’ai découvert que le travail de nuit augmente de 30 à 50% le risque de développer un cancer du sein. Je n’en avais jamais entendu parler. En travaillant en horaires décalés, notre rythme circadien est chamboulé. Résultat : la sécrétion de la mélatonine, l’hormone naturelle qui régule notre cycle veille-sommeil, est perturbée et favorise le développement du cancer. Ça fait presque dix ans que j’ai le sentiment d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Aujourd’hui, je suis soulagée de la décision du tribunal mais j’espère surtout que cela va permettre aux femmes malades de pouvoir faire des demandes de maladies professionnelles.
La décision du tribunal administratif de Marseille fait suite à un long parcours du combattant. Quelles ont été les étapes de cette reconnaissance ?
SP – Le cancer du sein ne figure toujours pas parmi les tableaux des maladies professionnelles reconnues en France. C’est au travailleur de prouver que ses conditions de travail ont provoqué sa maladie. Face aux nombreux obstacles, j’ai reçu une grande aide de la CFDT, qui se mobilise depuis de nombreuses années sur la question du cancer du sein. Je me suis ensuite rendue au Ministère de la santé à Paris, au Parlement européen à Bruxelles ainsi qu’à l’Organisation Internationale du Travail à Genève pour parler du cancer du sein et des risques du travail de nuit. Mon but est d’informer afin que les institutions puissent agir en conséquence. En dix ans, je n’ai eu que des obstacles. La décision du tribunal administratif de Marseille est la première et seule réponse positive que j’ai eu. Sinon, ça a toujours été non, non, non…
Vous avez fondé Cyclosein en 2016. Quelles sont les actions que vous menez avec cette association ?
SP – Lorsque j’ai compris que ça allait être un long combat, j’ai monté mon association en 2016 : Cyclosein. Avec mes camarades, je parcours l’Europe à vélo afin de faire un travail de prévention. J’interviens dans les lycées, les écoles d’infirmières et les centres sociaux. Le but est aussi d’augmenter la visibilité sur le sujet afin d’obtenir la création d’un tableau de maladie professionnelle, ce qui faciliterait énormément le parcours de reconnaissance pour les femmes atteintes du cancer du sein.
Après cette victoire judiciaire, qu’espérez-vous ?
SP – Déjà, j’espère que mon histoire encouragera les femmes à se battre. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent de nuit sans en connaître les risques. Je suis infirmière mais le milieu médical n’est pas le seul concerné. Il y a aussi les ouvrières, les agentes de nettoyage et les hôtesses de l’air. Il faut qu’on soit nombreuses à faire des déclarations et des demandes de reconnaissance de maladies professionnelles. Pour cela, il faut qu’elles soient aidées par des associations et des syndicats. Toutes seules, on ne peut pas se lancer dans un combat pareil. Mais avant toute chose, il est essentiel que le cancer du sein figure au tableau des maladies professionnelles. C’est la priorité. À partir de là, les femmes n’auront plus à traverser ce que j’ai vécu.
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