Le combat pour l’avortement, mené férocement par Gisèle Halimi, fait vibrer les planches du théâtre Le Splendid à Paris dans la pièce Le procès d’une vie. Jouée jusqu’au 31 mai 2026, la création de Barbara Lamballais et Karina Testa plonge dans les coulisses du procès de Bobigny.

En entrant dans la salle du théâtre Le Splendid, on est projeté dans une assemblée générale féministe de 1971, qui fait suite à la parution du manifeste des 343 femmes déclarant avoir avorté. Le décor est planté instantanément. La philosophe Simone de Beauvoir, l’avocate Gisèle Halimi et d’autres militantes débattent. Elles ont des désaccords aussi. Mais toutes militent pour le droits à l’avortement et la liberté de choisir pour les femmes.

Beaucoup de chemin a été été parcouru depuis. Jusqu’au 8 mars 2024, quand la liberté d’avorter est inscrite dans la Constitution française. Mais avant d’en arriver là, Le procès d’une vie, mis en scène par Barbara Lamballais et Karina Testa, revient sur un moment de bascule dans le combat pour l’avortement : le procès de Bobigny.
Ode à la sororité
En 1971, Marie-Claire Chevalier (interprétée par Maud Forget), 16 ans, tombe enceinte après avoir été victime d’un viol par un camarade de classe. Elle veut avorter. Face à la détresse de l’adolescente, une véritable chaîne de solidarité se met en place. Sa mère (Céline Toutain) sollicite l’aide d’amies, de voisines, de collègues. Parmi ses complices : Lucette Dubouchaix (Jeanne Arènes), catholique opposée à l’avortement mais terriblement empathique, dont l’opinion va drastiquement évoluer au fil de la pièce. Il y a aussi Renée Sausset (Déborah Grall), ancienne enfant abandonnée qui estime qu’un enfant doit venir au monde seulement s’il a été désiré. Et enfin Micheline Bambuck (Karina Testa), la faiseuse d’anges qui n’avait jamais avorté personne d’autre qu’elle-même.
Mais on connait l’histoire. Le violeur de Marie-Claire Chevalier dénonce l’avortement de la jeune fille. Résultat, c’est elle qui est trainée devant le tribunal, et non son violeur, qui ne sera pas inquiété. Pour la défendre : Gisèle Halimi (Clotilde Daniault).
Tout en tendresse et convictions, la pièce lève le voile sur les coulisses de ce procès historique. Les doutes et les hésitations de Marie-Claire, de sa mère et ses complices, mais également ceux de l’avocate. La pièce rend hommage à ces femmes qui ont aidé l’adolescente à avorter, malgré les menaces judiciaires. Une véritable ode à la sororité.
Un procès politique pour le droit à l’avortement
La mise en scène de Barbara Lamballais et Karina Testa bat au rythme de la détresse de la jeune Marie-Claire. D’abord, le salon des Chevalier, où la jeune fille fait les 100 pas avant d’avouer à sa mère qu’elle est enceinte, jusqu’à la pièce sordide où la faiseuse d’ange avorte l’adolescente avec les outils qu’elle a sous la main. On se glisse également dans le cabinet de Gisèle Halimi où ces femmes, d’abord apeurées, s’entraînent à livrer leur témoignage. Pour finir dans la salle glaciale du tribunal où le juge surplombe la victime tout en l’assaillant de questions culpabilisantes.

La pièce prend quelques libertés avec la réalité historique. Ici, la célèbre avocate défend toutes les femmes mises en cause. Ce ne fut pas le cas. En revanche, c’est bien elle qui a insufflé la portée médiatique et politique de ce procès. Le but ? Faire évoluer les mentalités et changer la loi qui pénalise l’avortement.
La plaidoirie de Gisèle Halimi, reprise mot pour mot par Clotilde Daniault, résonne dans le théâtre. La voix chargée d’émotions de la comédienne redonne vie à l’éloquence de l’avocate. Une sensation vibrante traverse la salle du théâtre. Après un combat féroce, Marie-Claire Chevalier est acquittée.
L’histoire du procès de Bobigny de 1972 a inspiré de nombreuses adaptations en livre, en bande dessinée et au théâtre. Mais celle-ci vaut définitivement le détour et rappelle que la lutte féministe n’est jamais finie.
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