Le lundi 7 septembre, les salarié.es de la tour Eiffel se sont mis.es en grève pour protester contre l’exclusion des collègues femmes lors d’une visite d’une délégation hindoue. Mais aucune sanction ne semble se profiler contre les auteurs de cette discrimination...

Samedi 5 septembre, la Tour Eiffel a caché ses salariées femmes lors d’une visite de la délégation de Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), proche du premier ministre conservateur et nationaliste indien, Narendra Modi. Alors les salariés ont fait grève ce lundi 7 septembre pour protester contre des « consignes professionnelles qui ont conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe. »
La Société d’exploitation de la tour Eiffel a approuvé
La visite de la tour Eiffel clôturait une célébration de treize jours, à l’occasion de l’inauguration du plus grand temple hindou d’Europe, à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). Une délégation hindoue avait privatisé le célèbre monument parisien pour une visite et demandé que les salariées du monument soient « mises de côté ». Une demande acceptée par la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), comme l’ont révélé les médias Le Parisien et BFMTV. La SETE en effet reconnu que la délégation hindoue avait demandé que la visite soit organisée en limitant les « interactions avec les femmes »
Le communiqué du syndicat CGT, cité par l’AFP, détaille le déroulé des faits : « Lors de la venue d’une délégation d’une centaine de personnes, les consignes ont été données aux femmes salariées de la tour Eiffel et aux femmes salariées des entreprises prestataires de s’invisibiliser afin d’accueillir cette délégation, expliquent les salariés dans un communiqué. Certaines ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Toutes les femmes ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation ».
« Contraires aux valeurs d’égalité et de non-discrimination… »
Le BAPS est régulièrement visé par des critiques pour ses positions conservatrices et nationalistes. Les grévistes s’indignent alors que la direction de la tour Eiffel ait accepté leurs conditions, qu’ils considèrent « graves et profondément contraires aux valeurs d’égalité et de non-discrimination ».
Suite à la grève, le BAPS a posté le soir même sur X : « À notre connaissance, à aucun moment l’accès à la tour Eiffel n’a été refusé à qui que ce soit ». Pourtant, les femmes ont bien été écartées ou remplacées lors de la visite privée. « Nous tenons néanmoins à présenter nos sincères excuses à toute personne qui aurait pu être blessée ou gênée par cette situation », concède le BAPS.
Plusieurs personnalités politiques ont réagi. « Ce n’est évidemment pas une pratique acceptable », s’est offusqué Ariel Weil, maire de Paris Centre (Parti socialiste) et président de la SETE, auprès de l’AFP. Il ajoute : « Je réaffirme l’attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l’égalité femmes-hommes ». Un avis partagé par le maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Sur ses réseaux sociaux, il écrit : « Je veux leur dire que leur mécontentement est légitime. Il n’est pas acceptable que de telles conditions puissent être tolérées. Ce ne sont ni mes valeurs, ni celles que doit porter la tour Eiffel, où chacune et chacun doit pouvoir circuler et agir librement, sans distinction entre les femmes et les hommes. Il est urgent que toute la lumière soit faite sur les faits qui ont conduit à cette mobilisation ».
…Mais pas considéré comme assez grave pour envisager des sanctions
Mais à ce jour personne ne réclame de sanctions contre l’encadrement de la SETE qui a mis les femmes à l’écart. Le sexisme est décidément une discrimination encore largement acceptée. Que se serait-il passé si des extrémistes avaient demandé que les salarié.es noirs disparaissent de leur vue par exemple ? N’y aurait-il pas eu des licenciements immédiats ? L’employeur aurait-il même songé à accéder à une telle demande ? Mais écarter les femmes… ça passe encore.
La tour Eiffel se flatte pourtant de faire preuve de bonne volonté : 72 noms de femmes scientifiques vont être inscrits sur le monument d’ici 2027 pour lutter contre l’effacement du matrimoine.
Lire : La tour Eiffel sort les femmes scientifiques de l’oubli
Ces inscriptions ont été obtenues après de longues batailles féministes. Il faudra en mener bien d’autres. Car l’affaire des salariées évincées montre que le seuil de tolérance au sexisme reste très élevé.
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