L’élection de Richard Ferrand semble être une formalité. Le souhait de voir enfin une femme présidente de l’Assemblée nationale s’exprime mollement. Certains y voient un « front féminin »… Modification : une candidate a renoncé moins de 24 heures après avoir posé sa candidature.
Devrons-nous titrer, encore une fois, dans quelques jours : « Encore raté, le “perchoir” revient à un homme » ? Depuis la démission de Nicolas Hulot et la nomination de François de Rugy pour lui succéder, la présidence de l’Assemblée nationale est vacante. Et l’élection de Richard Ferrand président du groupe La République en marche (LREM), proche du président de la République, est présentée comme une évidence.
Pourtant quatre autres candidats se sont présentés aussi au sein de LREM, dont trois femmes : Barbara Pompili, présidente de la commission du développement durable, Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des lois et Cendra Motin députée de l’Isère. Le cinquième candidat est le député du Tarn Philippe Folliot, déjà candidat au poste en juin 2017.
Ajout le 6 septembre à 17h : Yaël Braun-Pivet a décidé de retirer sa candidature. « C’est une décision personnelle. » écrit-elle dans un communiqué indiquant qu’elle votera pour Richard Ferrand…
Si Richard Ferrand se flatte d’être être « un de ceux qui connaît » le mieux le projet présidentiel et d’avoir la meilleure expérience pour exercer la présidence, il traîne aussi une mise en cause (et non une mise en examen) dans une affaire immobilière.
Et, fait nouveau : dans les médias et dans les rangs des partis politiques, des voix se font entendre pour dire qu’il faudrait enfin une femme à la présidence de l’Assemblée nationale. Sans conviction le plus souvent dans les rangs du gouvernement. Pas plus en tout cas qu’en juin 2017, quand le président de la République et son porte-parole Christophe Castaner disaient qu’une femme au perchoir serait un « symbole fort », tout en soutenant la candidature de François de Rugy.
Cette fois-ci, le Premier ministre Edouard Philippe ne s’est pas mouillé davantage : « Si c’est un homme ce sera très bien, si c’est une femme ce sera très bien aussi » a-t-il déclaré tout en parlant de symbole. Tandis que le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a repris l’éternelle antienne «seule la compétence compte»… La fameuse compétence qui sert de halo au réseautage et autre clanisme cultivant en secret l’entre-soi masculin.
Le Figaro, lui, la joue « guerre des sexes » avec ce titre : « Richard Ferrand face à un front féminin pour le Perchoir ». Barbara Pompili, Yaël Braun-Pivet et Cendra Motin présentaient pourtant leurs candidatures séparément, elles ne faisaient pas front commun. Mais les médias conservateurs ne peuvent pas s’empêcher de déformer le combat féministe (voir Mais qui veut allumer la guerre des sexes ?)
Les candidatures des femmes mériteraient pourtant d’être examinées pour autre chose que le sexe des impétrantes et le symbole qu’elles représentent. Barbara Pompili ancienne secrétaire d’État à la Biodiversité, connaît bien l’Assemblée Nationale. Elle a été assistante parlementaire puis a co-présidé le groupe écologiste avec François de Rugy puis Cécile Duflot, lors de son premier mandat de député à partir de 2012. Elle estime que l’Assemblée a un « besoin profond d’être rénovée » et dit à demi-mots que la trop grande proximité de Richard Ferrand avec le Président de la République pourrait nuire à la démocratie. Elle est soutenue par de nombreux députés comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, qui plaidé pour qu’une femme soit élue estimant que « L’égalité est dans l’ADN d’En Marche ».
Yaël Braun-Pivet « issue de la société civile » a été remarquée lors des commissions d’enquête dans le cadre de l’affaire Benalla dont elle était la co-rapporteuse avec Guillaume Larrivé (Les Républicains). Mais Les Nouvelles NEWS avaient plutôt remarqué la députée des Yvelines lorsqu’elle avait rappelé à l’ordre un jeune député LR insolent
Voir : « Vous pourriez être ma mère », un député refuse l’autorité d’une présidente
Cendra Motin, non engagée en politique jusqu’en 2017 veut justement incarner « le choix fort des Français d’un renouveau des visages et des pratiques ».
Les trois candidates interrogées sur le favori par les médias, reconnaissent son expérience mais font observer que Richard Ferrand n’incarne pas le renouveau.
Un vote interne à LREM doit départager les candidats lundi prochain, dans le cadre d’un séminaire de rentrée à Tours. Puis l’ensemble des députés voteront mercredi 12 septembre.
Ajout : En retirant sa candidature et en se ralliant à lui, Yaël Braun-Pivet élargit encore le boulevard qui était ouvert à Richard Ferrand, ses soutiens pesant davantage que ceux d’une novice en politique Cendra Motin, et d’une candidate ralliée à LREM bien plus tard que le favori.
Rappelons que l’Assemblée Nationale n’a jamais eu de femme présidente. 21 hommes se sont succédé en plus de 70 ans, depuis que les femmes ont commencé à siéger dans l’Hémicycle. Avec le chiffre record de près de 40 % de députées, il serait temps d’entrevoir la possibilité d’une présidente.
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Temps de parole féminin à l’Assemblée nationale : 0,0018%



