Après plus de deux mois de grève, les employées d’un salon du boulevard de Strasbourg à Paris ont obtenu un titre de séjour « en tant que victimes potentielles de traite d’être humains ». Exploitées, ces travailleuses sans papiers n’avaient pas été payées depuis plusieurs mois.

Les grévistes ont tenu soixante-dix-huit jours. Depuis le 3 mars dernier, plusieurs coiffeuses et esthéticiennes du salon de coiffure du 65 boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement de Paris, étaient en grève et occupaient leur lieu de travail. La raison ? Aucun salaire ne leur avait été versé depuis le mois d’octobre. À cela s’ajoutent des conditions de travail indignes : journées de travail interminables, cadences épuisantes, absence totale de congés payés, salaires inférieurs au smic ou encore exposition à des produits toxiques.
Des conditions de travail épuisantes
« Elles étaient payées en dessous des minima conventionnels, faisaient beaucoup d’heures supplémentaires jamais rémunérées, et n’avaient jamais de congés payés ou de congé de maternité », se scandalise Adèle Tellez, syndicaliste à la CGT Paris, auprès du journal Le Parisien. Pour faire plier leur employeur, une solution : la grève.
Rapidement, le mouvement prend de l’ampleur. La CGT se joint à leur mobilisation afin de faire durer la grève le plus longtemps possible et attirer l’attention des médias. Résultat : ce mardi 19 mai, victoire ! « La préfecture de police de Paris leur délivre des titres de séjour en tant que victimes potentielles de traite d’êtres humains », a annoncé la CGT dans un communiqué. Ces titres de séjour « les couvriront durant toute l’instruction de l’affaire, où la qualification de traite des êtres humains devrait être retenue par l’autorité judiciaire », précise le syndicat.
L’occupation du salon est levée et la grève s’achève donc le 19 mai. « La prochaine étape est de faire condamner l’employeur pour traite d’êtres humains », ajoute la CGT qui attend des peines exemplaires contre les employeurs.
Les femmes : piliers de la grève
Pris.es en étau, les travailleur.euse.s sans papier sont régulièrement exploité.e.s et menacé.e.s. « En passant deux mois et demi sur ce boulevard de Strasbourg, dans le quartier de Château d’Eau, on a vu que des travailleurs et des travailleuses surexploités, et parfois victimes de traite, il y en a certainement beaucoup et dans de nombreux établissements », témoigne la syndicaliste Adèle Tellez. Dans son communiqué, la CGT pointe du doigt une politique migratoire restrictive et répressive à l’égard des étranger·es, qui favoriserait une augmentation des affaires de traite des êtres humains.
Une mobilisation comme celle du boulevard Strasbourg à Paris fait date. La CGT parle même de « bataille décisive ». Ce mouvement, porté en grande partie par les femmes, n’est pas sans rappeler certaines grèves historiques où les femmes ont été des piliers de la mobilisation.
En 2019, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles à Paris avaient tenu 22 mois de grève, jusqu’en 2021. Embauchées par des sous-traitants, elles réclamaient leur intégration au groupe Ibis. À l’époque, on peut lire dans une tribune parue dans Libération : « Il s’agit d’une main-d’œuvre essentiellement féminine et racisée, systématiquement sous-payée, et assignée aux activités de nettoyage épuisantes et dévalorisées qui sont au cœur de l’hôtellerie ». Ce qui n’est pas sans rappeler les conditions de travail des coiffeuses du 65 boulevard de Strasbourg à Paris. Si les femmes de chambres de l’Ibis Batignolles n’ont pas obtenu la fin de la sous-traitance, elles ont acquis une revalorisation salariale et une diminution des tâches quotidiennes. Leur lutte est devenue un symbole de résistance.
Plus récemment, c’est à Marseille que des travailleuses précaires ont tenu tête à leur employeur. Les femmes de chambre du groupe de nettoyage hôtelier Acqua ont brandi pancartes, slogans et casseroles devant l’hôtel quatre étoiles Radisson Blu, situé sur le Vieux Port, dont elles sont prestataires. Leur grève a duré plus de deux mois et elles ont arraché plusieurs avancées. Le sous-traitant qui les emploie est désormais contraint par une limitation de la clause de mobilité ainsi qu’à une augmentation de salaire.
Le point commun entre ces mobilisations ? Les femmes migrantes sont davantage touchées par la précarité sur le marché du travail. Avec le soutien des syndicats, ces travailleuses se font désormais entendre et ne lâchent rien.
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