À l’approche d’une réforme du ministère du Logement, la Fédération Nationale Solidarité Femmes s’inquiète des risques de fermeture de ses centres d’hébergement et du manque de personnel. Or, l’accompagnement des victimes de violences nécessite des moyens spécifiques.

Depuis plusieurs années, les associations féministes multiplient les alertes. En 2024, le Collectif féministe contre le viol faisait état de leurs conditions de travail indignes, entre inondations de leurs locaux et organisation mafieuse. En juin 2025, les Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) s’inquiétaient de voir leur situation financière se dégrader à grande vitesse. Suivis de près par le Planning Familial, qui interpellait les pouvoirs publics dans une tribune contre les moyens de plus en plus maigres alloués aux associations féministes. Au tour de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) de protester. Ce jeudi 3 septembre, dans Libération, la FNSF s’inquiète des importantes baisses de subventions liée à la future réforme du financement des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), dont le décret d’application doit être publié au 1er janvier.
1300 femmes victimes et 1600 enfants hébergés en 2025
La Fédération Nationale Solidarité Femmes mène une mission d’utilité publique. Composé de 83 associations et de 53 structures d’accueil, le réseau est spécialisé dans l’accompagnement des victimes et de leurs enfants. Cela passe notamment par l’aide à trouver un logement autonome, l’accès à un emploi, la scolarisation des enfants et les problématiques de santé et judiciaires. À la différence d’un centre d’hébergement d’urgence, où la durée d’accueil peut être de quelques semaines à quelques mois, un CHRS pour les victimes de violences peut proposer un hébergement pour plusieurs années.
En 2025, ce sont 1300 femmes et 1600 enfants qui ont pu en bénéficier, soit dans des « logements situés en structures collectives, à l’adresse tenue secrète, ou dans des appartements indépendants dispersés dans les communes où elles logent parfois en colocation avec d’autres victimes », détaille la FNSF dans Libération. Or, cet accompagnement, vital pour extraire les victimes des violences, pourrait ne plus être assuré en 2027.
Une réforme qui ne tient pas compte des besoins spécifiques des associations féministes
La réforme, annoncée depuis 2021, a pour but d’harmoniser les financements alloués aux centres à caractère social. L’idée étant de les rendre « plus équitables et plus objectifs, en réduisant les écarts historiques entre établissements » afin de faire « correspondre les dotations aux coûts réels, aux besoins des publics et à la qualité de l’accompagnement », précise le ministère du Logement.
Or, les coûts de fonctionnement des structures d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales et leurs enfants sont plus importants que les structures généralistes. Ces structures manquent déjà de moyens. Le Sénat rapporte qu’en 2024, 57 % des demandes sur la plateforme nationale consacrée à ces hébergements n’ont pas pu aboutir à cause du manque de places. Mais la situation pourrait empirer. Pour les cinq prochaines années, la FNSF anticipe déjà une baisse des subventions de 12 à 20 %. Concrètement, sur les 53 centres d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales et leurs enfants, une quarantaine d’établissements, soit 1800 places, sont menacés, d’après les premières estimations de la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement.
Seule réponse du ministre du Logement : « Les analyses d’impact présentées au secteur montrent, en moyenne, une dotation équivalente à la dotation actuelle, avec une réduction de la dispersion entre associations ». À cela s’ajoutent les appels à manifestation d’intérêt, c’est-à-dire que 3 % du financement des CHRS, soit près de 23 millions d’euros, attribués par des appels à projets régionaux. Le ministère précise qu’« une priorité » pour les « établissements accompagnant les femmes et enfants victimes de violences » sera instaurée. Mais le dispositif reste ouvert à toutes les structures.
La Fédération nationale Solidarité Femme déplore que la reforme ne tienne pas compte des besoins financiers nécessaires pour maintenir une approche, notamment féministe, spécifique aux violences sexistes et sexuelles dans la sphère familiale. Alors même que l’Assemblée nationale entame son étude du projet de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ce lundi 7 septembre, le travail de terrain mené par les associations féministes est encore une fois fragilisé par un manque de moyens.
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