Isabelle Huppert est la première femme à présider la Cinémathèque française, une institution qui a longtemps contribué à légitimer une certaine vision du cinéma, propageant la « culture du viol »
Il aura donc fallu attendre près d’un siècle pour que la mémoire du septième art soit entre les mains d’une femme. Le 2 juillet, l’actrice Isabelle Huppert a été élue présidente de la Cinémathèque française. Cette institution assure la préservation, la restauration et la diffusion du patrimoine cinématographique.
Une gouvernance historiquement masculine
Depuis sa création en 1936, la Cinémathèque n’a été présidée que par des hommes. Isabelle Huppert succède à Costa-Gavras, 93 ans, président depuis 2007. Elle a été élue par le conseil d’administration pour un mandat de trois ans, allant jusqu’en 2029. A ses côtés une gouvernance désormais paritaire : Olivier Assayas et Claire Denis obtiennent des vice-présidences. Alice Winocour et Nicolas Philibert, des postes de secrétaires.
La nouvelle présidente est une des actrices françaises les plus connues dans le monde. Elle a tourné dans plus de 150 films avec les plus grands réalisateurs et a obtenu deux Cérars.
La nomination d’une femme à la présidence de cette institution gardienne d’une certaine vision du monde propagée sur grand écran pourrait-elle marquer un tournant dans le septième art et, plus largement, dans la société ?
Le passif lourd d’une institution secouée par #MeToo
La Cinémathèque, comme le monde du cinéma, ont été secoués par #MeToo et par plusieurs polémiques récemment. Et, bien avant #MeToo, des féministes ont souvent manifesté contre une institution qui érigeait en héros des violeurs et des hommes / artistes misogynes, dominateurs et violents avec les femmes.
En 2017, la Cinémathèque accueillait par exemple avec tous les honneurs, Roman Polanski qui se dérobait à la justice. Et Costa Gavras traitait par le mépris les féministes qui lui reprochaient d’entretenir la « culture du viol » aux cris de « Pas d’honneur pour les violeurs ». Osez le féminisme écrivait clairement : « Par la négation des faits criminels qui lui sont reprochés, la Cinémathèque participe à l’idée que violer une enfant ce n’est pas si grave devant le ‘génie de l’artiste’. »
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En 2024, les dirigeants de la cinémathèque n’avaient toujours pas mesuré leur responsabilité dans la propagation de la culture du viol. Ils présentaient tranquillement comme un chef d’œuvre le film « Le dernier Tango à Paris » alors qu’un autre film et un livre racontaient le calvaire qu’avait été ce film pour la jeune actrice Maria Schneider.
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A la tête des institutions du cinéma, les hommes faisaient passer le viol pour une démarche artistique et étouffaient toute protestation féministe grâce à leur puissance médiatique. Ce temps n’est pas complètement révolu mais la nomination d’une femme à la présidence de la Cinémathèque est un bon signal.
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