L’écrivaine, agricultrice et ex sage-femme Agnès Ledig, dans La Terre au Carré sur France Inter, est revenue sur sa lettre ouverte au Président de la République intitulée « Pour garder mon honneur, je vous rends ma Légion »
Le 26 juillet dernier, pour protester contre la loi d’urgence agricole, qui autorise la réintroduction de certains pesticides interdits, Agnès Ledig a rendu sa Légion d’honneur trois ans après avoir été médaillée. « La goutte de pesticides de la loi d’urgence agricole a fait déborder le vase de ma colère, de mon indignation » écrivait l’autrice de Juste avant le bonheur ou Répondre à la nuit dans une lettre ouverte au président de la République.
« Plus attirés par l’argent que par le vivant »
« Plus de 2 millions d’entre nous ont dit non à la loi Duplomb, (…) mais le pouvoir semble servir d’autres intérêts plus attirés par l’argent que par le vivant » écrivait-elle.
Agnès Ledig, aujourd’hui éleveuse de chèvres a également été sage-femme avant de se lancer dans l’écriture après le décès de son fils atteint d’une leucémie.
Dans cette lettre, elle disait ne pas comprendre « comment un Etat républicain peut accepter que l’on retrouve des centaines de molécules chimiques dans le sang du cordon (ombilical) de ses enfants sans prendre des mesures urgentes et systémiques pour y remédier. »
« Sénateur Nutella »
Elle évoquait aussi ce « sénateur Nutella » qui, alors qu’elle évoquait la mort de son enfant, lui répondait qu’il fallait sauver la filière noisette du Nutella. « Notre société en est-elle encore là en 2026 ? À sacrifier des enfants sur l’autel de la compétitivité agricole ? Sérieusement ? En toute impunité ? Sans scrupule et sans honte ? »
Sa lettre se terminait par cette question à Emmanuel Macron : « Où en êtes-vous de votre volonté de planet great again ? Il est encore temps »
Eco-anxiété non, lucidité oui
Dans la Terre au carré sur France Inter le 28 août, elle a amplifié son discours face à l’irresponsabilité des dirigeants politiques qui préfèrent reprocher aux lanceurs d’alerte d’être atteints d’éco-anxiété au lieu d’agir pour préserver le vivant. Alors que l’herbe jaunit sous l’effet des canicules de 2026, l’éleveuse de chèvres ne sait plus comment nourrir les animaux. « Il faut avoir un métier nourricier pour réaliser la rapidité avec laquelle on peut passer de l’opulence alimentaire à la disette. »
Ceux qui ironisent sur l’éco-anxiété feraient mieux de regarder en face celles et ceux qui sont éco-lucide, éco-endeuillée, éco-enragée selon elle. « L’anxiété, c’est une peur infondée quelque part (…) là, en fait, on est juste lucide. C’est presque signe de bonne santé intellectuelle d’avoir peur de ce qui est en train de se passer. »
« C’est criminel »
Elle ne sait plus comment s’adresser à ceux qui sont en mauvaise santé intellectuelle mais ont le pouvoir de décider de la vie des gens : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour qu’ils comprennent qu’on ne peut pas remettre des pesticides dangereux dans l’environnement. Il en va de la vie de nos enfants, je suis assez bien placée pour le savoir. Il y a de plus en plus d’enfants malades, c’est insupportable. »
La voix nouée, quand le journaliste Mathieu Vidard lui demande ce qui l’a fait pleurer quand la loi est passée, Agnès Ledig a répondu simplement « la décision et ses conséquences.» « Parce qu’il y a d’autres enfants qui vont tomber malades et on n’a pas le droit ». … « C’est criminel, de la part des hommes politiques, de prendre des décisions en toute connaissance de cause -ils le savent. C’est criminel de prendre des décisions qui vont rendre des gens malades et qui vont tuer des gens. »
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