« Former les enseignants et l’encadrement aux problématiques liées à l’égalité femmes-hommes », c’est l’une des 21 mesures préconisées par la commission Villani-Torossian sur l’enseignement des mathématiques. Retour sur cet enjeu « essentiel » avec Véronique Chauveau, vice-présidente de l’association Femmes et Mathématiques.
Le rapport sur les mathématiques de la commission Villani-Torossian, remis en début de semaine au ministre de l’Éducation nationale, a été très médiatisé, surtout pour sa mise en avant du « modèle singapourien ». Mais il faut aussi relever que l’une des 21 mesures qu’il préconise pour faire progresser l’enseignement des mathématiques en France se concentre sur les inégalités filles/garçons.
« Former les enseignants et l’encadrement aux problématiques liées à l’égalité femmes-hommes en mathématiques (stéréotypes de genre, orientation professionnelle, réussite, etc.) », c’est la mesure 19 de ce rapport.
« Nous sommes heureuses que cette proconisation existe. Cela n’avait jamais été énoncé aussi clairement », commente pour Les Nouvelles NEWS Véronique Chauveau, vice-présidente de l’association Femmes et Mathématiques. « Bien sûr, on peut estimer que ce n’est pas suffisant, mais la question de la formation aux inégalités filles/garçons revient plusieurs fois dans ce rapport, et c’est fondamental. Reste à espérer que ces préconisations seront effectivement mises en œuvre ».
L’association, auditionnée en décembre par la commission Villani-Torossian, avait insisté sur ce point : la formation, initiale comme continue, est une nécessité pour lutter contre les stéréotypes, qui sont le principal frein à l’accès des filles et des jeunes femmes aux carrières scientifiques. « C’est un enjeu majeur et, même si les enseignantes sont en première ligne, tout le monde est concerné, toute la hiérarchie du système scolaire, les parents et la société toute entière », insiste Véronique Chauveau.
Si en France les filles réussissent aussi bien que les garçons, elles se disent plus souvent anxieuses vis à vis des maths. Autre question qui se pose en parallèle, celle de l’orientation : alors qu’elles représentent quasiment la moitié des élèves en terminale S (46%), elles ne sont plus que 29% des étudiants en classe préparatoire et 25% à l’université en sciences fondamentales et applications .
Et il ne faut surtout pas lésiner sur le temps de formation qui doit être consacré à l’égalité filles/garçons. « Si on passe trop rapidement, cela risque de renforcer les défenses de ceux qui ne veulent pas en entendre parler », souligne Véronique Chauveau. D’autant que l’introspection est nécessaire même chez les personnes les plus conscientes. « J’ai été prof de maths dans le secondaire, et j’étais régulièrement gênée de m’apercevoir que je pouvais, sans m’en rendre compte, conforter les inégalités. Par exemple, je me suis fait plusieurs fois la réflexion que j’avais davantage interrogé les garçons que les filles. Les stéréotypes, j’en suis imprégnée, comme tout un chacun, et on ne peut pas tout simplement les poser avec son manteau sur le porte-manteau avant d’entrer en classe ».
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Le rapport Villani-Torossian évoque aussi la question des manuels scolaires. « Tout le monde pense que les mathématiques sont neutres, exemptes de stéréotypes, mais on a bien été obligé de se rendre à l’évidence, il y en a même dans les manuels de Terminale S », fait observer Véronique Chauveau. Une analyse du Centre Hubertine-Auclert le relevait d’ailleurs en 2012.
« Les stéréotypes œuvrent à dose homéopathique. On ne vas pas dire à une fille : ‘Tu ne peux pas faire des maths parce que tu es une fille’, mais de petites touches insidieuses, répétées, le laissent entendre. Et elles peuvent se retrouver dans la présentation ou les énoncés d’exercices. Les éditeurs répondent souvent que ce n’est pas de leur faute, que c’est la faute des profs qui écrivent les contenus. On en revient alors à cette question fondamentale de la formation et de l’information. »
C’est aussi pour cela que l’association travaille avec des enseignant·e·s, et en lien avec l’Inspection générale des mathématiques, pour proposer des exercices exempts de stéréotypes. « Mais aussi pour que la question des inégalités de genre puisse prendre place directement dans les cours de maths », explique Véronique Chauveau. « Par exemple, qu’un exercice s’appuyant sur les différences de salaires entre femmes et hommes ne les présente pas comme un fait établi, mais soit l’occasion d’ouvrir une réflexion ».
Pour la vice-présidente de Femmes et Mathématiques, « si ce n’est pas encore le cas dans les chiffres, dans les mentalités les choses bougent. Dans la stratégie mathématiques de la précédente ministre de l’Éducation, on parlait déjà des stéréotypes L’association a été sollicitée par le ministère comme un partenaire légitime, c’est relativement nouveau. L’idée qu’il ne faut pas fermer la porte des mathématiques aux filles devient enfin un enjeu majeur, pour l’économie et pour les femmes. »
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