Certains pestent contre l’obligation de parité, d’autres restent candidats malgré des mises en examen pour agressions sexuelles. Mais l’égalité femmes-hommes pourrait bien avancer dans les communes si les nouvelles élues les convertissent à la « budgétisation sensible au genre »
Pour les élections municipales, les candidat.es ont l’obligation de présenter des listes paritaires, avec autant d’hommes que de femmes, y compris pour les communes de moins de 1.000 habitants. Cette dernière obligation ayant été ajoutée, non sans mal, en 2025 aux lois sur la parité datant de 2000. (Lire : Municipales 2026 : accueil mitigé de la proposition de loi pour davantage de parité)
Lois efficaces
Et ces obligations légales portent leurs fruits. Dans les communes de plus de 1.000 habitants où la parité était déjà imposée, les chiffres sont là : 48,4 % de femmes contre 37,6 % dans les communes de moins de 1000 habitants, selon une étude de la Caisse des dépôts sur les conseils municipaux élus en 2020. Mais les écarts restent très marqués concernant les maires, avec environ 20 % de femmes maires, et les adjoints (36,4 % de femmes). Cependant, en 2020, plusieurs grandes villes ont élu des femmes maires (Lire : Elections municipales : un pas vers la parité)
Et partout, résonne dans la presse régionale ou nationale, la complainte des sortants ou des nouveaux venus qui ne trouveraient pas de femmes candidates.
Résistances et rhétorique anti-parité
Parmi les perles des naufragés de la parité, un candidat du parti d’Eric Zemmour pense attirer les femmes en leur demandant d’avancer masquées. Rémy Longetti, tête de liste du parti d’extrême droite « reconquête » à Saint Mandé (Val de Marne), invite ses sympathisantes à utiliser un autre nom que celui avec lequel elles sont connues « pour plus de discrétion » indiquait Le Parisien, le 3 février dernier. Il manquait alors 10 femmes pour assurer une liste de 35 noms. Et le candidat de ressortir, dans le quotidien, une vieille lune entendue à chaque fois qu’il est question de parité : « La femme est moins encline que l’homme à faire de la politique, alors la parité dans ce domaine ne me paraît pas saine. Il ne faut pas d’entrave à ce qu’elles soient candidates, mais il ne faut pas que ça aboutisse à des prête-noms qui n’ont pas vraiment envie de s’engager. » Et le système de domination masculine qui met les femmes à l’écart des décisions politiques ? il n’en parle pas.
« elle est mignonne mais »
Partout, les vieux réflexes ont la peau dure. Dans un article intitulé « « Elle est mignonne, mais… » : quand le sexisme pourrit la campagne électorale », Ouest-France rapporte des propos entendus par des élues ou candidates. Avec des attentes spécifiques pour les femmes : « ‘Elle apportait une forme de douceur et de fraîcheur.’ Ce sont les qualités attribuées, dans un récent article de presse, à Iris Bouchonnet, élue communiste au conseil municipal de Rennes (Ille-et-Vilaine) » écrit le quotidien. Comme si la parité ne pouvait être obtenue que sous condition de performance ou de différences apportées par les femmes.
Agresseur sexuel et candidat reconduit
Autre frein à l’égalité entre femmes et hommes : les agresseurs sexuels ne sont toujours pas écartés des lieux de pouvoir. Plusieurs associations féministes ont dressé des listes impressionnantes de candidats aux municipales 2026, condamnés ou mis en cause pour des faits de violences sexistes et sexuelles.
Slate y a consacré un long article. Dans une petite commune d’environ 260 habitants, Saint-Ellier-les-Bois (Orne), le maire sortant, Edgar Moulin, qui se présente à nouveau, est mis en examen pour «proxénétisme aggravé», «viol sur une personne se livrant à la prostitution», «recours habituel à la prostitution de mineurs» et «détention d’images pédopornographiques».
A Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le maire, Laurent Brosse, réélu en 2020, a été condamné à deux reprises –en première instance puis en appel– pour des faits de «violences, agression sexuelle, séquestration et harcèlement» à l’encontre de son ancienne compagne. Il se représente ! Sans oublier Damien Abad, ancien ministre, accusé de viols en 2022, en position éligible sur la liste électorale emmenée par Laurent Harmel, à Oyonnax (Ain). Et bien d’autres dont certains sont encore présumés innocents ou ont à nouveau un casier judiciaire vierge après avoir purgé une peine (voir plus bas un post instagram)
L’argent public au service de l’égalité
Heureusement, d’autres candidats s’engagent sur des voies bien plus progressistes. La « budgétisation sensible au genre » (BSG) est le pilier d’une politique d’égalité. Le principe : toutes les décisions d’attribution d’argent public doivent être prises en tenant compte de leur impact sur l’égalité femmes hommes. Pour encourager les nouveaux élus à s’en emparer, quatre pionnières de la BSG viennent de publier ce livre blanc : « La Budgétisation Sensible au Genre – Faire parler les budgets des collectivités ». Elles reprennent cette définition de la BSG par l’European Institute for Gender Equality : « Une méthode pour déterminer dans quelle mesure les dépenses publiques s’éloignent ou se rapprochent de l’objectif de l’égalité des sexes. Un budget sensible au genre n’est pas un budget séparé pour les femmes, mais un instrument d’analyse des affectations budgétaires, des dépenses publiques et de la fiscalité dans une perspective de genre. La budgétisation sensible au genre peut être utilisée afin de plaider pour la réaffectation de postes budgétaires de manière à mieux répondre aux priorités des femmes et à celles des hommes, les rendant, comme le nom l’indique, sensibles au genre »
Les futures élues ont prêtes
Les quatre autrices Claudy Vouhé, Isabelle Gueguen, Céline Calvé et Aurélie Arquier constatent des progrès encourageants. Claudy Vouhé observe « un intérêt grandissant des collectivités locales qui prennent la main sur la Budgétisation Sensible au Genre et « montrent l’exemple » à l’Etat. »
Elle se réjouit d’avoir reçu ce message après avoir présenté le livre blanc : « Dans ma petite commune, pour laquelle je brigue le poste de 1ère adjointe et ambitionne de sensibiliser l’équipe municipale aux questions d’égalité, je vais commencer par analyser les subventions des associations ». et « C’est exactement l’effet recherché ! » assure-t-elle.
Le livre blanc est téléchargeable ici : https://www.perfegal.fr/ressources/livre-blanc-bsg/
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