En 2024, le nombre de candidates qui se sont présentées au concours d’entrée de Polytechnique et le taux de filles admises ont baissé par rapport à l’année précédente. La prestigieuse école s’engage à remédier à cette orientation genrée persistante.

16%. C’est le nombre de filles admises à Polytechnique en 2024. Si cette proportion est terriblement basse, elle l’est encore plus que l’année précédente où, déjà, les femmes ne représentaient que 21% des effectifs. Alors que l’école s’emploie à favoriser les candidatures féminines, plusieurs freins continuent de dissuader les femmes de se présenter au concours.
Moins d’admises mais surtout moins de candidates
Ces dernières années, le taux de filles admises à Polytechnique se situait en moyenne à 18%. Pourtant, cette année, sur les 5.000 candidats au concours, les femmes étaient moins nombreuses. Une grande déception pour Laura Chaubard, directrice générale de l’École, qui, en 2023, se targuait d’avoir « 20 % de candidates au concours pour 20 % d’admises ».
Alors que Polytechnique n’est ouverte aux femmes que depuis 1972, soit près de 200 ans après sa création, l’École peine encore à attirer les candidatures féminines. « On dit que les femmes ne font pas de sciences, ce n’est pas vrai. Elles font massivement de la biologie et des études de medecine. Mais dans les filières scientifiques à dominante mathématique et numérique, on n’est pas confronté à un plafond de verre mais à un plancher de verre », déplorait déjà en mars 2023 la directrice, invitée sur le plateau de LCP.
Un constat confirmé par le rapport de l’association Elles Bougent. Cette étude lève le voile sur les stéréotypes de genre qui continuent d’influencer négativement l’orientation des filles et des femmes vers les métiers scientifiques et techniques. Selon l’étude, plus d’une femme sur huit a été confrontée à des stéréotypes de genre à l’école, les dissuadant de s’engager dans certains parcours scientifiques, et 44 % ont même entendu qu’elles étaient moins compétentes en mathématiques que leurs homologues masculins. Résultat : en France, seulement un quart des ingénieurs en activité sont des femmes et parmi les étudiants en sciences, seulement 30 % sont des femmes.
Pour en savoir plus, lire : « Femmes et carrières scientifiques : elles bougent, ils font du surplace«
Les VSS en hausse au sein de l’École
Mais le plancher de verre n’est pas l’unique frein aux candidatures féminines. En juin 2024, une enquête interne révèle l’ampleur des violences sexistes et sexuelles au sein de Polytechnique : 23 viols et 118 des agressions sexuelles enregistrées en 2023. Dans une volonté de transparence, l’institution rend ses résultats publics et mène depuis 2022 une enquête annuelle auprès des étudiant.e.s des filières du cycle Bachelor, du cycle ingénieur et du Master of Science & Technology. Si l’étude précise que les victimes déclarées étaient très majoritairement des femmes, elle met aussi en lumière que les auteurs sont majoritairement des hommes, qu’ils soient étudiants, collègues de stage, directeur de mémoire/stage ou supérieur hiérarchique.
Depuis 2017, l’établissement tente de mieux prévenir ces violences avec un dispositif de prévention, de signalement et d’accompagnement dédié aux situations de harcèlement, de discriminations et de violences à caractère sexuel ou sexiste (HDVS).
Pour en savoir plus, lire : « Les VSS en hausse à Polytechnique«
Des solutions pour attirer davantage de candidates
Suite au bilan négatif de l’année 2024, la prestigieuse école met tout en œuvre pour faire progresser son taux de féminisation. L’année dernière, la directrice générale de l’École annonçait un objectif de 30% de candidatures féminines à Polytechnique en 2026. Si cette proportion semble diminuer au lieu de progresser, l’École envisage une possible évolution de son concours d’entrée.
Laura Chaubard insiste également sur l’importance « des quotas », et ce, dès les classes préparatoires, comme le rapporte le quotidien Les Échos : « Imposer une exigence de parité progressive dans ces filières enverrait le signal [que les femmes] y sont les bienvenues, qu’elles y sont attendues », martèle la directrice. Elle poursuit : « Les chiffres de jeunes filles dans les carrières scientifiques augmentent beaucoup, beaucoup trop doucement, les chiffres de la diversité sociale dans les grandes écoles augmentent beaucoup, beaucoup trop doucement ».
Autre solution évoquée : exploiter les données de Parcoursup, des banques de concours et des statistiques de l’Éducation nationale et du logiciel Pronote afin de « comprendre, à quel moment, et dans quelles conditions, se forment les biais d’orientation qui amènent à une trop faible diversité dans les disciplines scientifiques », détaille Laura Chaubard. S’il est validé puis financé, le projet nécessitera deux années avant de pouvoir être effectif.
Si la parité dans les rangs de Polytechnique n’est pas pour demain, la mobilisation de sa direction fait naître une lueur d’espoir et laisse entrevoir une volonté de progrès.
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