Trois femmes se battent pour survivre dans une Tunisie qui ne veut pas d’elles. La réalisatrice sublime leur force et leur détermination dans un portrait choral poignant.

Dans une maison de Tunis, Marie, Jolie et Naney lavent et cajolent une petite fille dans un bain moussant. Kenza, orpheline de 5 ans, a survécu à un naufrage de migrants. Son destin est maintenant entre les mains de ces trois femmes.
Marie (Aïssa Maïga) loge, rassemble et soutient les migrants de la communauté subsaharienne arrivés en Tunisie. Pasteure, elle célèbre le culte chaque dimanche dans sa propre maison, rebaptisée Eglise de la persévérance. Jolie est étudiante, a des papiers en règle et l’ambition de devenir ingénieure. Naney a laissé sa fille adolescente en Côte d’Ivoire et vit de petits trafics. Ce trio féminin réuni dans la maison de Marie affronte la violence et la lâcheté humaine, tentant d’en préserver la petite Kenza. Car depuis 2023, le gouvernement tunisien a accentué la chasse aux migrants d’Afrique. La caméra mobile et vive nous entraine dans la rue, la débrouille et les petits trafics, les lieux réservés aux clandestins, qui contrastent avec la sérénité joyeuse de la maison de Marie et ses rassemblements dominicaux. Ces parenthèses de douceur volée, à l’image de la première scène de bain, ne suffisent pas à surmonter les difficultés de la vie quotidienne. Comment recréer un foyer dans un pays répressif ? « Je croyais que Dieu avait un plan pour moi » regrette Naney, qui repartira de Tunisie les mains vides. La chanson « Promis le ciel » du groupe caribéen Delgres, pourtant pleine de joie et d’énergie, referme le récit par un triste constat : « On m’a promis le ciel, en attendant, je suis sur la terre, à ramer. »
« Promis le ciel » d’Erige Sehiri, scénario Erige Sehiri, Anna Ciennik, Malika Cécile Louati avec Aïssa Maïga (Marie), Laetitia Ky (Jolie), Debora Lobe Naney (Naney), Produit par Didar Domehri (Maneki Films) et Erige Sehiri (Henia Production), distribué par Jour2Fête, en salle le 28 janvier 2026.
Qui est Erige Sehiri ?
Venue du documentaire (son premier film « La voie normale » évoquait les luttes des cheminots tunisiens), Erige Sehiri a naturellement abordé la fiction avec militantisme. Son premier film de fiction sur des cueilleuses, « Sous les figues », pouvait paraitre léger, mais révélait à bas bruit les inégalités sociales et de genre à la campagne. Il a représenté la Tunisie aux Oscars 2023 (critique ici). Erige Sehiri a également fondé le média indépendant Inkyfada, l’ONG tunisienne Al Khatt et fait partie des membres fondatrices du collectif Rawiyat – Sisters in Film, qui soutient les femmes cinéastes du monde arabe et de sa diaspora. Avec « Promis le ciel », la cinéaste dénonce cette fois la dérive raciste du gouvernement tunisien : « En tant que Tunisienne, je suis profondément déçue que nous ne soyons pas en mesure de traiter les migrants dignement, nous qui sommes un pays avec tant d’émigrés à l’étranger. Et nous nous comportons comme si nous ne partagions pas le même continent, l’Afrique…« . Sélectionné dans nombre de festivals (Cannes, Angoulême, Marrakech), ce film a reçu plusieurs prix, notamment pour sa mise en scène, son scénario, et deux prix d’interprétation féminine pour Debora Lobe Naney. Cette ivoirienne de 28 ans dont c’est le premier rôle, incarne Naney, un personnage nourri de ses propres expériences.

