Le collectif identitaire Némésis a déclaré son association Féminines & féministes « d’intérêt général ». Le but ? Recevoir des dons défiscalisés et ainsi bénéficier d’argent public. Alors que les associations féministes s’appauvrissent, l’anti-féminisme est de plus en plus financé.

Un «groupuscule de la mouvance identitaire » peut-il se déclarer « d’intérêt général » ? N’est-ce pas une antithèse ? Pourtant, c’est le cas du collectif Némésis qui a pu se déclarer comme tel et ainsi permettre à ses donateurs d’obtenir une réduction d’impôt de 66 %, comme l’a révélé Libération. Le journal en a informé le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le député Éric Coquerel. Ce dernier a annoncé saisir l’administration fiscale et a demandé l’ouverture d’une enquête auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel.
Némésis brouille les pistes
Le 24 février dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qualifiait Némésis de « groupuscule de la mouvance identitaire susceptible de faire l’objet d’une procédure de dissolution ». Soit à l’opposé d’un organisme se déclarant d’intérêt général, qui doit témoigner d’un « caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel, ou concourant à l’égalité entre les femmes et les hommes », comme le précise l’article 200 du Code général des impôts.
Mais sur son site, Némésis brouille les pistes. Son association Féminines & féministes revendique « lutter contre les violences faites aux femmes ». En réalité, le collectif, qui prétend défendre les « femmes occidentales » contre les hommes issus de l’immigration, alimente les discours antiféministes et xénophobes.
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« Si vous ne faites pas ce choix, l’État décidera pour vous, ne les laissez pas se servir de vos impôts pour abreuver des associations dont les combats ne sont pas les vôtres », ajoute Alice Cordier, présidente du mouvement, dans une vidéo promotionnelle publiée sur Instagram le 21 décembre 2024, tout en invitant à faire des donations via des plateformes de paiement en ligne ou en cryptomonnaie. Sur son site, le collectif précise à ses donateurs qu’il faut indiquer leur adresse pour obtenir un reçu fiscal.
Dans un courrier, envoyé le 31 mars et consulté par Libération, Eric Coquerel interroge le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, : « Si les donateurs de l’association Féminines & Féministes bénéficiaient de cette réduction d’impôt, l’Etat renoncerait ainsi à la perception d’une partie de l’impôt au profit d’un organisme qui ne respecte pas les principes républicains et les critères prévus par la loi ».
L’extrême droite finance l’anti-féminisme
En bénéficiant du dispositif de défiscalisation des dons, Némésis obtient ainsi un financement public indirect… alors même que les associations féministes, dont la parole est de plus en plus muselée sur les réseaux sociaux, alertent quand au manque de moyens pour agir pour l’égalité et lutter contre les violences faites aux femmes.
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Derrière cette campagne de dons de Némésis, des figures connues de l’extrême droite sont mobilisées. Parmi les gros donateurs du collectif, le milliardaire Pierre-Edouard Stérin qui finance généreusement les porteurs d’idées ultra-conservatrices. Une commission d’enquête sénatoriale sur le financement des politiques publiques par des structures de droit privé s’est d’ailleurs constituée le 14 janvier 2026 afin d’éclaircir les fonds du milliardaire d’extrême droite.
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Pour gérer ses campagnes de dons, Némésis a également sollicité l’entreprise Adquis, installée à Redon en Ille-et-Vilaine, dirigée par Sterenn Mordrelle, fille de Tristan Mordrelle, lui même spécialisé dans les levées de fond en faveur de l’extrême droite (il a levé des fonds pour la campagne d’Eric Zemmour notamment.)
La fachosphère de plus en plus financée
Bien que Némésis soit régulièrement visé par des enquêtes, l’administration fiscale ou même la Cour des comptes n’ont pas tiqué lorsque le collectif s’est déclaré d’intérêt général. Raison indiquée : le fisc manque de moyens pour contrôler les associations concernées.
Libération révèle dans une enquête datant de 2021 sur « le business des dons défiscalisés au sein de la fachosphère », que les organisations d’extrême droite qui s’étaient autodéclarées «d’intérêt général» bénéficient, grâce à cet avantage fiscal, d’au moins 12 à 15 millions d’euros.
Plus largement, les mouvements anti-genre et anti-avortement sont de plus en plus riches. Selon un rapport du Forum parlementaire européen sur les droits et santé sexuels et reproductifs en Europe, les financements anti-genre s’élèvent à 165,7 millions de dollars en France. C’est le deuxième pays d’Europe à enregistrer un financement aussi élevé, juste après la Hongrie (172,2 millions de dollars).
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