Dans un rapport, publié le 28 janvier 2026, la Cour des comptes fait état des nombreuses failles du système de prise en charge du cancer du sein en France. La juridiction appelle à « une action publique vigoureuse ».

C’est le plus fréquent et la première cause de décès par cancer chez les femmes. Le cancer du sein touche en moyenne 61.000 femmes chaque année en France et 12.000 en meurent. Pourtant, face à l’ampleur de cette maladie, sa prise en charge reste limitée selon la Cour des comptes. Le 28 janvier dernier, la juridiction a publié un rapport dans lequel elle liste les « nombreuses lacunes » du système français : inégalités territoriales et sociales, reste à charge « significatif » et suivi post-cancer insuffisant.
Le dépistage en baisse
Depuis 2004, le dépistage « organisé » du cancer du sein, proposé tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans, reste « le plus efficace » puisqu’il est intégralement remboursé par l’Assurance Maladie. Pourtant, il affiche un recours « insuffisant » et « en recul », note le rapport. Seulement 44 % de la population cible, soit 5,4 millions de femmes de 50 à 74 ans, ont effectué ce dépistage organisé en 2024, contre 52,3 % en 2011.
Pourquoi ? L’apparition d’un « dépistage individuel ». Or, la Cour estime ce dernier marqué par « des lacunes », puisqu’il n’y a pas de seconde lecture du résultat et qu’il peut donner lieu à des dépassements d’honoraires. « Des centres ne veulent pas rentrer dans le dépistage organisé car le dépistage individuel est plus rémunérateur », détaille le président de la 6e chambre de la Cour des comptes, Bernard Lejeune, auditionné à l’Assemblée, avant de s’indigner : « À un moment donné, il y a un problème de santé publique ».
À cela s’ajoutent des inégalités « territoriales et sociales d’accès aux soins » lors des « pratiques de dépistage et de suivi ». « Les personnes défavorisées socialement ou vulnérables se distinguent par ailleurs par un faible recours au dépistage organisé et doivent à ce titre faire l’objet d’une attention spécifique des pouvoirs publics », observent les rapporteurs. Les territoires d’outre-mer sont les plus concernés, tout comme la zone rurale, notamment le Centre-Val de Loire, Normandie, Pays de la Loire et Bretagne.
L’enjeu du dépistage est pourtant majeur. Selon les données de l’Institut national du cancer, le taux de survie à cinq ans atteint 99 % lorsque le cancer est détecté à un stade précoce. Il chute à 26 % pour un cancer diagnostiqué à un stade tardif.
Dans son rapport, la Cour des comptes esquisse des propositions pour contrer cette diminution de participation au dépistage. D’abord, il serait possible de repenser le «ciblage» du dépistage organisé, en le rendant accessible plus tôt, comme c’est déjà le cas dans certains pays européens qui l’ont abaissé dès 40-45 ans, ou selon le niveau de risque de la patiente. Enfin, la juridiction met l’accent sur l’interdiction des dépassements d’honoraires pour les mammographies et échographies associées au dépistage organisé.
Un reste à charge qui creuse les inégalités
L’aspect économique est central dans le rapport de la Cour des comptes. En 2023, en France, 61.214 nouveaux cas ont été diagnostiqués, pour 727.100 femmes prises en charge au total. Cette même année, la prise en charge du cancer du sein a représenté 4,7 milliards d’euros pour la Sécurité sociale. Soit 65 % de plus qu’en 2015 où elle était estimée à 2,8 milliards d’euros. Si le nombre de patientes n’a augmenté que de 6 % sur cette période, le rapport explique que cette augmentation est liée aux dépenses de médicaments et d’hospitalisation.
Pourtant, la juridiction juge le « reste à charge significatif » pour les patientes. Il s’élève en moyenne à 1.549 euros. Or, cela crée des inégalités. « Les plus démunies » renoncent trop souvent à des soins, comme les reconstructions mammaires, ou aux soins dits de support, tels que les soutiens psychologiques, de rééducation, de nutrition ou de gestion de la douleur.
Améliorer la prise en charge de « l’après-cancer »
L’autre pan majeur de ce rapport est la « sécurité des patientes ». La Cour des comptes juge nécessaire de renforcer la qualité des chirurgies du cancer du sein. Pour cela, la juridiction préconise de relever le « seuil d’autorisation ». Concrètement, ces opérations pourront être effectuées seulement dans les établissements effectuant un minimum de 150 séjours de chirurgie du cancer du sein par an. Le but ? Que les éventuelles complications soient mieux prises en charge.
Toutefois, cette mesure pourrait conduire à renforcer les inégalités territoriales, note la Cour des comptes. En limitant le nombre d’établissements habilités à pratiquer ces opérations, cela impliquerait pour les patientes vivant en zone rurale de se déplacer plus loin. Le rapport évalue cette différence : des femmes de 45 à 74 ans, résidant à dix-huit minutes de route d’un établissement de ce type en 2024, se retrouveraient alors à vingt-sept minutes de route d’un établissement habilité. En revanche, pour les soins qui nécessitent moins d’expertise mais davantage de régularité, comme les chimiothérapies et radiothérapies, elles auraient la possibilité de se rendre dans des établissements plus petits et proches de leur lieu d’habitation.
En repensant la « sécurité des patientes », la Cour des comptes a en tête l’après-cancer, soit « des séquelles lourdes et variées persistent pour une large proportion de femmes traitées », comme l’identifie le rapport. Leurs préconisations ? Faciliter l’accès aux soins de support, notamment l’activité physique et rendre obligatoire l’élaboration d’un programme personnalisé d’après-cancer en établissements de santé dès 2027.
Le 5 février 2025, le Parlement adoptait à l’unanimité une loi prévoyant une prise en charge des soins et dispositifs spécifiques au traitement du cancer du sein, comme le renouvellement des prothèses mammaires ou l’achat de sous-vêtements adaptés, par l’Assurance Maladie. Un an plus tard, aucun texte d’application n’a été signé. Or, la santé des femmes ne peut pas attendre. Le cancer du sein est un enjeu de santé publique. « Si plusieurs dispositifs constituent des avancées, leur déploiement demeure inachevé, marqué par une mise en œuvre hétérogène», conclut la Cour des comptes.
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