Encore très largement masculin, le secteur du BTP commence à prendre conscience de la santé spécifique de ses travailleuses. Le groupe NGE crée un premier congé endométriose. Une victoire… mais ne sera-t-elle pas source de discriminations ?

L’endométriose est de plus en plus prise au sérieux. Longtemps méconnue, cette maladie gynécologique provoquant, entre autres, des règles douloureuses, commence à interpeller les employeurs. C’est le cas de l’entreprise NGE, 4e groupe de BTP en France, qui a annoncé la création d’un congé endométriose.
Prendre en compte la santé des travailleuses
Jusqu’à 7 jours de congés payés supplémentaires dans l’année, sans délai de prévenance. C’est la promesse de ce nouveau congé endométriose, officialisé à la mi-avril. Pour en bénéficier, les salariées de NGE devront obtenir un certificat médical délivré par un médecin spécialiste. Dans un communiqué, l’entreprise reconnait « un enjeu de santé international touchant près d’une femme sur 10 dans le monde ». Avec la création de ce congé, le but est d’« offrir un cadre professionnel attentif et adapté aux réalités de santé », en France ainsi que dans les 21 pays où l’entreprise est active.
C’est une première dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Il faut dire que le secteur est encore majoritairement masculin. Toutefois, les femmes investissent de plus en plus les professions d’ingénieur, de directrice de projets, de métreur ou encore de conductrice de travaux. « Longtemps, on a dit qu’il n’y avait pas de différence entre les hommes et les femmes et que seule la compétence comptait. Or, c’est faux, les hommes et les femmes ne sont pas pareils et c’est en reconnaissant les différences qu’on intégrera mieux les femmes dans ces métiers, et dans d’autres aussi », insiste auprès de Franceinfo Loubna Bounoure, présidente de l’association SouterReines, qui milite pour la féminisation des métiers du BTP. Au sein de NGE, les femmes représentent actuellement 12% des effectifs.
Un risque d’« accroissement des discriminations » ?
Mais le congé endométriose ne pénalisera-t-il pas les femmes lors de l’embauche ? C’est ce que craignent certaines féministes. Lors des différentes propositions de loi formulées pour un congé menstruel, des militantes alertaient sur le risque d’« accroissement des discriminations ». « En créant un arrêt spécifique au congé menstruel, les employeurs vont accroître la discrimination dont les femmes font déjà l’objet aujourd’hui », s’inquiétaient déjà en 2023 l’avocate Violaine de Filippis-Abate, porte-parole d’Osez le féminisme, citée par Franceinfo. Elle ajoutait alors : « L’alternative que nous proposons serait de s’interroger sur la philosophie du délai de carence pour tous, hommes comme femmes. Si un salarié avait droit à une indemnisation dès le premier jour, ça règlerait le souci. Il n’y aurait pas besoin de créer un dispositif qui va potentiellement aggraver notre discrimination ».
Toutefois, le groupe NGE manifeste un véritable engagement pour la féminisation de ses effectifs. « En cohérence avec sa stratégie de féminisation des métiers et de soutien aux parcours professionnels des femmes, ce congé dédié s’inscrit dans une dynamique globale d’actions en faveur de la santé et de l’amélioration des conditions de travail », précise le communiqué. En effet, l’entreprise affirme sa volonté d’augmenter la proportion de femmes au sein de ses effectifs. Elle révèle également son ambition de recruter prochainement 5.000 personnes supplémentaires. Le but ? Atteindre un taux de 15% de femmes, et dans quelques années, les 20%.
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