Une étude menée sur 29 pays révèle que le sexisme ordinaire impacte le cerveau des femmes. Un sexisme insidieux, quotidien et banalisé dont les effets psychologiques engendrent des changements cérébraux durables.

Le sexisme se cache dans les détails. Mais ses conséquences sont désastreuses. Une étude parue dans la revue de l’Académie des sciences des États-Unis (PNAS) révèle que l’exposition quotidienne au sexisme ordinaire engendre des « cicatrices cérébrales » chez les femmes.
Un amincissement du cerveau
Après avoir étudié plus de 7.876 IRM, sur 4.078 femmes et 3.798 hommes âgés de 18 à 40 ans, dans 29 pays, l’étude observe que le sexisme ordinaire, subi au quotidien, peut engendrer un amincissement de l’hémisphère droit du cerveau. Concrètement, cela veut dire que l’épaisseur corticale devient plus fine dans les régions du cerveau chargée de la régulation émotionnelle, de la résilience et liée aux troubles dû au stress. Résultat : les femmes concernées par l’amincissement de cette région cérébrale, à cause du sexisme ordinaire, ont de plus grandes chances de faire des dépressions et c’est aussi un terreau fertile pour le syndrome de stress post-traumatique.
Un des auteurs de l’étude, le psychiatre Nicolas Crossley de l’université du Chili de Santiago, , estime qu’« une expérience profonde et durable dans une société qui vous dévalorise aurait un effet durable car le stress chronique inhibe la capacité naturelle du cerveau à s’adapter ». Sa thèse est confirmée : les femmes vivant dans des pays où les inégalités entre les femmes et les hommes sont plus marquées, tels que l’Inde, la Turquie et le Brésil, présentent davantage ces « cicatrices cérébrales ». À l’inverse, dans les pays plus égalitaires, comme la Finlande ou la Suède, aucune différence n’a été observée entre le cerveau des femmes et des hommes. Le psychiatre conclut qu’« en améliorant l’égalité entre les sexes, on améliorerait la santé des femmes, ce qui coûterait moins cher à tout le monde ».
Les dangers ignorés du sexisme ordinaire
Mansplanning, plafond de verre ou encore discrimination basée sur le genre. Il ne s’agit pas ici des violences sexuelles, dont l’ampleur commence à être collectivement mieux identifiée dans la société. Ce qui est pointé du doigt par l’étude parue dans le PNAS, ce sont les formes ultra banalisées du sexisme. Les répercussions sur le corps et la vie des femmes de ces violences quotidiennes sont invisibles. Ou plutôt ignorées.
L’étude est parue dans le PNAS date de 2023. Seule une petite poignée de médias en a parlé au moment de sa sortie. Une étude britannique, publiée en 2019, qui tirait des conclusions similaires, n’avait pas non plus eu de grande résonance médiatique. Pour en savoir plus, lire : « Le sexisme attaque la santé des femmes«
Depuis trois ans, les conclusions de l’étude du PNAS semblent ne pas inquiéter les pouvoirs publics, alors même que les femmes subissent ces violences quotidiennement, aussi bien dans leur vie personnelle et professionnelle que biologique. « Personne d’autre n’avait souligné l’effet des inégalités de genre sur le cerveau. Notre étude met en évidence le rôle de l’environnement dans les différences cérébrales entre les femmes et les hommes. Là où certains restent persuadés que « la nature » détermine tout, nous mettons en avant le rôle de la société dans la structure du cerveau », conclut Nicolas Crossley. Le sexisme continue de détruire à bas bruit le cerveau des femmes.
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