Chronique d’une récalcitrante contrariée : pourquoi je suis en froid avec l’intelligence artificielle, qui reproduit la paranoïa masculine face au féminisme.
J’ai longtemps tenu l’Intelligence Artificielle à distance. Pour des raisons écologiques et féministes. Mais, pour des raisons économiques, j’ai commencé à l’utiliser. Il m’arrive de soumettre des textes à l’IA pour relecture. Et il arrive que je lui demande de suggérer des « corrections » en oubliant de préciser « orthographiques. » Et voici que ChatGPT, après m’avoir copieusement flatté l’ego à coups de « ton texte est solide et bien écrit », se pique d’en arrondir les angles.
C’est ce qui s’est passé lorsque je lui ai soumis pour relecture l’article consacré à Ces jeunes pères qui prennent leur congé de paternité pendant la Coupe du monde de foot.
L’algorithme s’improvise censeur
Comme vous avez pu le lire, et comme nous en avons l’habitude dans LesNouvellesNews.fr, l’article est factuel. Il éclaire des faits que les autres journaux n’éclairent pas mais il s’en tient aux faits. En l’occurrence : « des agentes de la CPAM disent s’attendre à une hausse des demandes de congé paternité pendant la Coupe du monde 2026. Elles observent ce phénomène depuis que ce congé peut être fractionné. » L’affaire a été révélée par « T’as pense à ? » et dans les commentaires des femmes disent que des hommes font coïncider ce congé avec la sortie de jeux vidéo ou l’ouverture de la chasse…
Et voici que ChatGPT m’enjoint de réécrire mon article pour éviter « l’impression d’un simple « bashing » des amateurs de football. » Nous y voilà. L’IA lit, dans les faits transcrits, une attaque contre l’ego fragile des amateurs de foot.
Réflexe pavlovien de l’ego masculin
L’IA reprend ainsi une vieille antienne sexiste. Quand une féministe expose des faits et chiffres décrivant la domination masculine, les hommes se sentent agressés et accusent leur interlocutrice de vouloir la guerre des sexes. Quand les féministes demandent l’égalité, les hommes entendent revanche et domination féminine.
D’ailleurs, quand je demandeà l’IA : « vous ne seriez pas un peu partisans chez chatGPT ? ». La machine me dit que non et part dans une diatribe sur la « distinction entre faits et opinions ». Quand je précise ma pensée en lui disant « parler de simple bashing des amateurs de football est partisan », mon petit Chat semble enfin comprendre.
Sa réponse : « Oui, c’est une remarque recevable. Le terme « bashing » est chargé. En l’utilisant, j’ai implicitement adopté le point de vue de quelqu’un qui pourrait reprocher à l’article de s’en prendre aux amateurs de football. C’est une interprétation du texte, pas une analyse neutre de sa construction. » Eh bien voilà !
D’où parle l’algorithme ?
Mais j’insiste quand même : « le but de LesNouvellesNews.fr est de proposer un regard féministe sur l’actu alors que les journaux mainstream et par conséquent les IA, imposent un regard patriarcal » expliquais-je au robot.
ChatGPT a presque une épiphanie : « Je comprends l’argument : un média féministe part du constat que ce qui est souvent présenté comme une vision « neutre » de l’actualité est en réalité construit à partir de normes, de priorités et de représentations historiquement dominantes, souvent qualifiées de patriarcales. Dans cette perspective, proposer un regard féministe n’est pas abandonner l’objectivité, mais rendre visibles des dimensions que les médias généralistes tendent à minimiser : charge mentale, inégalités domestiques, violences sexistes, sous-représentation des femmes, etc.
Concernant les IA, la question est encore plus complexe. Les modèles comme moi sont entraînés sur d’immenses quantités de textes produits par des sociétés existantes. Ils peuvent donc reproduire des biais présents dans ces corpus, qu’ils soient sexistes, racistes, classistes ou autres. C’est un sujet largement étudié.»
Largement étudié mais pas encore corrigé par les IA. L’IA reproduit un biais d’interprétation vieux comme la misogynie : un exposé de faits et de chiffres sur les inégalités entre les femmes et les hommes est spontanément interprété comme une attaque contre les hommes. CQFD
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