Le 14 février, Orelsan a dit non au public qui réclamait son hymne misogyne. Pour ne pas inciter à la haine. Mais il a invité le public à regarder le clip sur YouTube. Une ambiguïté qu’il cultive depuis toujours avec la justice, le milieu de la culture, les politiques, les médias…
En concert au Zénith de Nantes samedi 14 février, Orelsan a refusé de chanter le tube qui a fait son succès : « Saint-Valentin ». Une sorte d’hymne misogyne qui contenait, entre autres paroles promettant des sévices sexuels, l’horrible « Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner » en référence à la mort de Marie Trintignant sous les coups de Bertrand Cantat – Un chanteur lui aussi longtemps encensé par le milieu musical et la presse.
Criminels dans 20 ans
Selon une vidéo publiée par des spectatrices sur TikTok, le rappeur a déclaré à ses fans : « Je vois vos panneaux, je ne vais pas chanter Saint-Valentin… Il y a des enfants de 8 ans. On chante Saint-Valentin maintenant, dans 20 ans ils commettent des crimes (…) C’est ça qui va se passer. C’est ça que vous voulez qu’il se passe ? Il ne va pas se passer ça, vous pouvez rentrer chez vous, aller la voir sur YouTube, tranquillement »
Un progrès pour Orelsan. Mais pas sûr qu’il s’agisse d’une épiphanie pour celui qui a longtemps trainé dans la boue les féministes. Son discours ambigu, refusant de chanter devant des enfants mais les incitant à écouter la chanson en ligne a déjà été souligné par un tribunal en 2013, au fil d’un long parcours judiciaire.
Ambigu en 2013
En 2006, le jeune rappeur commence sa carrière de provocateur misogyne sur le net avec « sale pute », et ses paroles ignobles. Puis « Saint-Valentin ». Il sort un album en 2009 avec ces deux titres. Encensé par la presse, il est invité dans de grands festivals et beaucoup de scènes s’ouvrent à lui.
Immédiatement, les associations féministes alertent l’opinion. Elles demandent ne pas faire d’Orelsan un héros, et invitent à boycotter les festivals qui le produisent. En réponse, les féministes sont attaquées, accusées de bafouer la « liberté d’expression » et de vouloir « censurer ». Même le ministre de la Culture de l’époque, Frédéric Mitterrand compare Orelsan à Rimbaud. Les arguments des féministes, comme celui repris par Orelsan lui-même le 14 février 2026, sont alors inaudibles. Un cas d’école de sexisme !
Lire : Liberté d’expression, censure, incitation à la haine : le cas Orelsan
Pour essayer tout de même de faire entendre les voix féministes, Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat en charge de la politique de la Ville (et fondatrice de l’association Ni pute ni soumise) organise un débat avec les rappeurs… Qui a été pris de haut.
Depuis Orelsan est devenu une vedette, il a obtenu de nombreux prix et ironise même dans une chanson en remerciant les féministes de lui avoir permis de jouer les martyrs : « Merci les Chiennes de Garde pour le coup de pute ! »
Héraut de la liberté d’expression
Le débat se tient ensuite au tribunal. Et chaque étape est, pour Orelsan, l’occasion de faire parler de lui et se poser en héraut de la liberté d’expression
Cinq associations, les Chiennes de garde, le Collectif féministe contre le viol, la Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et le Mouvement français pour le planning familial portent plainte pour « pour injures publiques à raison du sexe, et incitation à la haine, à la violence et aux discriminations à raison du sexe. » Le tribunal correctionnel de Paris leur donne raison en 2013 déclarant le rappeur coupable d’injure et provocation à la violence à l’égard des femmes pour certains de ses textes. Orelsan est alors condamné à 1.000 euros d’amende avec sursis.
Une « particulière ambiguïté »
Le tribunal fait observer que le chanteur a déjà conscience des possibles conséquences de ses chansons puisqu’il n’en interprète pas certaines si le public est trop jeune. « C’est ma responsabilité d’artiste », avait-il dit à l’audience. Le tribunal a vu dans ces propos une « particulière ambiguïté » et une « parfaite conscience des risques incitatifs que pouvaient représenter ses chansons ».
Lire : Orelsan condamné, l’incitation à la violence misogyne recule
Mais en 2014, la Cour d’appel de Paris juge que les poursuites sont prescrites et ne se prononce pas sur le fond du dossier. Les associations féministes forment un pourvoi en cassation. En 2015, la Cour de cassation estime, que la Cour d’appel ne pouvait pas « prononcer d’office la prescription de l’action publique sans avoir permis aux parties d’en débattre ».
Lire : Sexisme : le rappeur Orelsan sera rejugé
Puis en 2016, en appel, les juges le relaxent, estimant qu’« il serait attentatoire à la liberté de création que de vouloir interdire ces formes d’expressions » et que les paroles mises en cause sont « le reflet du malaise d’une génération sans repère, notamment dans les relations hommes-femmes ».
Une tolérance sociale persistante
Une décision qui a choqué le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes soulignant « la nécessité de renforcer le cadre juridique français contre le sexisme ». Le HCE notait que « aucune condamnation n’a jamais été prononcée sur le motif de diffamation, d’injures, ou de provocation à la haine ou à la violence à raison du sexe, par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique » Il observait que « les propos, injures et discriminations sexistes bénéficient d’une tolérance sociale considérable »
Cette tolérance sociale a-t-elle diminué ? Avec Orelsan, pas sûr. Son public redemande ses chansons haineuses. Le rappeur incite à les écouter en ligne. Son refus de les chanter devant des enfants n’est pas nouveau et parait assez hypocrite.
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1 Commentaire
Oui, certains de ses premiers textes ont choqué. Oui, ils ont suscité un débat légitime sur le sexisme dans la musique. Mais on oublie souvent un élément essentiel: il s’est excusé, il a entendu les critiques et il a choisi de ne plus interpréter certains morceaux