Le féminisme n’entre pas dans l’agenda d’Emmanuel Macron ni dans la communication qui l’entoure. Festival de postures viriles.
Oubliée la « grande cause du quinquennat » ! Invisible la « diplomatie féministe » ! Le président de la République se met en scène dans des moments de virilité dominatrice. Et le bruit médiatique autour de ces affaires ne fera pas baisser le sexisme.
La bouteille de bière avalée « cul sec » par un Emmanuel Macron extatique au milieu des rugbymen victorieux le 17 juin, a fait couler plus d’encre que sa rencontre avec le dictateur saoudien Mohammed Ben Salma ou l’invitation d’Elon Musk, le richissime patron de Space X, Twitter et Tesla.
La vidéo le montrant tout réjoui, bière à la main, après la victoire du Stade toulousain, a tourné dans tous les médias. Mais les critiques des féministes ont été prises de haut. Sur Twitter, la vice-présidente du Sénat, Laurence Rossignol, a demandé : « Une bière cul sec ? Qu’essaie-t-il de prouver ? Qu’il est un vrai mec? » et dénoncé : « Poncifs virilistes, populisme masculiniste et ringardise. Quel boulet! » De son côté, la députée Sandrine Rousseau a dénoncé la « masculinité toxique dans le leadership politique en une image ».
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Branlebas de combat dans les médias. Ceux qui sont autorisés à donner leur avis sur les plateaux ont débattu jusqu’à plus soif sur le mauvais exemple donné par le président quant à l’alcool. Mais sur la question du populisme viriliste, ils se sont montrés indulgents. On y retrouve à peu près la même bataille rangée que lors de l’épisode steak/virilité avec, notamment un Fabien Roussel, le secrétaire général du PC, à côté de la plaque. Ce mardi matin sur France Info, il a assuré : « Il n’y a rien de choquant là-dedans. » Ajoutant que « la même chose pourrait se faire à la fin d’un match d’une équipe féminine ». Sauf que, à supposer qu’il dise vrai, aucune équipe féminine n’est assez médiatisée pour que le président de la République vienne prendre un shot de communication avec elles. Et cette non médiatisation participe de l’ambiance viriliste du rugby.
Plus grave, alors que la France s’enorgueillit de faire partie des rares pays revendiquant une « diplomatie féministe » depuis 2019, Emmanuel Macron a reçu à l’Elysée en tête-à-tête Mohammed Ben Salma, vendredi dernier. Cette rencontre a été critiquée par les associations de défense des droits humains et par la gauche qui ont rappelé l’assassinat atroce du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 et de multiples atteintes aux droits humains en Arabie Saoudite. Mais très peu de critiques ont porté sur les droits des femmes que l’Arabie Saoudite baffoue. Pourtant, seule la diplomatie féministe pourrait faire évoluer les choses.
Le même jour, Emmanuel Macron rencontrait pour la deuxième fois en un mois, Elon Musk, afin de le convaincre d’installer une usine Tesla en France. Le président se montre si empressé qu’il donne l’impression de fermer les yeux sur le rôle du patron de Twitter dans l’explosion de la haine en ligne. Elon Musk est loin d’être irréprochable. Il avait effacé des tweets misogynes en 2021 et un récent rapport, de la société britannique Strategic Dialogue, note une augmentation de 69% des nouveaux comptes Twitter avec des profils misogynes et abusifs depuis la prise de contrôle de l’entreprise au petit oiseau bleu par le multimilliardaire. Lequel n’a gardé quasiment que des hommes dans son équipe de direction (lire : Avant/après : Twitter fait disparaitre les femmes). Là encore, business is business, et les médias ne critiquent quasiment pas l’alliance avec un misogyne…
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