55 000 euros d’amende ! Après avoir critiqué l’arbitrage d’Ana Carvalho, estimant que « ce genre de match doit être arbitré par un homme », le tennisman Adolfo Daniel Vallejo a été sanctionné par la Fédération française de tennis et Roland-Garros. Il a présenté ses excuses.

Match perdant pour le sexisme. Après sa défaite face au Français Moïse Kouamen lors d’un match caniculaire le 28 mai à Roland-Garros, le tennisman paraguayen Adolfo Daniel Vallejo s’est laissé aller à des propos sexistes visant l’arbitre de chaise brésilienne Ana Carvalho. Dans le média argentin Clay, il déclare : « Ce genre de match doit être arbitré par un homme. C’est très difficile pour une femme de faire ça. Il doit être arbitré par un homme, parce que c’est un public très exigeant, et il faut beaucoup de force pour s’opposer au public ». Un discours révélateur des réflexes sexistes persistants dans le sport à l’égard des femmes arbitres.
Les femmes arbitres s’imposent
Qu’un homme arbitre des compétitions sportives féminines, c’est du déjà vu. Mais les femmes qui arbitrent des sports masculins continuent, elles, d’être stigmatisées. Sans cesse ramenées à leur genre, et non à leurs compétences réelles, elles doivent constamment prouver leur légitimité.
Pourtant, la Fédération française de tennis (FFT) s’est engagée depuis plusieurs années pour la féminisation de l’arbitrage. En 2023, l’organisation lance l’initiative Offici’elles, permettant à treize femmes, dont cinq Françaises, de se former afin d’obtenir le badge blanc, soit le premier niveau international d’arbitrage. Résultat : l’année qui suit, en 2024, sur les 404 officiels mobilisés à Roland-Garros, 34 % sont des femmes. Plusieurs figures féminines avaient déjà ouvert la voie. Notamment Sandra de Jenken qui, en 2007, devient la première femme à arbitrer la finale du simple messieurs à Roland-Garros, avec Rafael Nadal face à Roger Federer.
Malgré ces avancées, ça n’a pas immunisé Ana Carvalho, arbitre de chaise internationale au niveau Gold Badge, soit la plus haute distinction, d’être la cible des propos sexistes d’Adolfo Daniel Vallejo.
Sanctionner le sexisme
Ça ne passe pas auprès de la FFT et de la direction de Roland-Garros. Les deux organisations sanctionnent « de manière significative » les propos « inacceptables » d’Adolfo Daniel Vallejo. Le tennisman de 22 ans écope d’une amende de 65 000 dollars, environ 55 000 euros, soit un peu moins de la moitié de son prize money, comme l’a annoncé Amélie Mauresmo, directrice de Roland-Garros, ce lundi 1er juin. Le sexisme est désormais sanctionné sans délai.
Lire : Amélie Mauresmo, nouvelle directrice du tournoi Roland-Garros
« La compétence des arbitres ne se mesure pas à leur genre, mais à leur professionnalisme et à leur capacité à officier à haut niveau », rappellent les organisations dans un communiqué. Elles ajoutent : « Le tournoi de Roland-Garros condamne fermement tous les propos sexistes d’où qu’ils viennent, et apporte son soutien à l’arbitre de la rencontre, et plus largement à l’ensemble des officiels de l’arbitrage du tournoi ».
L’Association Française du Corps Arbitral Multisports (AFCAM) a également réagi suite à la polémique et « réaffirme son engagement en faveur de la place des femmes dans l’arbitrage ». Dans un communiqué, l’AFCAM souligne qu’ « au-delà de l’incident lui-même, ces propos rappellent que les stéréotypes liés au genre demeurent une réalité dans le sport, y compris au plus haut niveau ».
L’association déplore les « remarques ou comportements considérés comme faisant partie du décor sportif ». Ces réflexes sexistes restent profondément ancrés dans les mentalités, même celles des sportifs. « Lorsqu’un arbitre masculin commet une erreur, celle-ci est généralement attribuée à l’individu. Lorsqu’une arbitre féminine est contestée, certains continuent malheureusement à remettre en cause sa légitimité en raison de son sexe. Cette différence de traitement demeure inacceptable ».
Suite à la polémique, Adolfo Daniel Vallejo a présenté des excuses sur Instagram : « J’ai du respect pour les arbitres et pour leur travail. Après une bataille de cinq heures, j’avais très chaud et j’étais très émotif, je suis désolé. Je n’ai pas imputé ma défaite [à l’arbitre]. Elle a fait un bon travail durant l’intégralité du match ».
L’AFCAM le martèle : « La compétence n’a pas de genre », avant de conclure : « Être un homme ou une femme n’a jamais constitué un critère de compétence arbitrale ». Une bonne piqûre de rappel pour éradiquer le sexisme dans le sport.
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