Au terme du mandat de Claire Hédon, Emmanuel Macron envisagerait de nommer Éric Dupond-Moretti Défenseur des Droits. Si beaucoup crient au copinage, des associations s’inquiètent du sort réservé aux « victimes de violences sexuelles et aux enfants.»
Qui pour succéder à Claire Hédon, défenseure des Droits dont le mandat arrive à son terme en juillet prochain ?
Le Défenseur des Droits est une autorité administrative indépendante. Son rôle est de « défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et permettre l’égalité de tous ». Elle a été présidée par Jacques Toubon jusqu’en 2020, puis par Claire Hedon pendant six ans.
Le journal Politico a appris, par l’entourage du Président de la République, que ce dernier pourrait bien nommer Éric Dupond-Moretti, l’ex-garde des Sceaux qui soutient la candidature de Rachida Dati à la mairie de Paris. Beaucoup ont crié au copinage pour cette nomination qui intervient avant l’élection présidentielle.
Droit protecteur pour toutes et tous
Mais surtout, l’idée de cette nomination a fait bondir les associations de défense des droits des enfants et des voix féministes. Celles-ci redoutent un changement d’orientation pour cette institution indispensable pour la démocratie. Les réseaux Mouv’Enfants et #MendorsPas ont illico publié une pétition pour dire non, «On ne confie pas la défense des victimes à ceux qui les ont faites trembler. » Et sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix féministes rappellent nombre de positions problématiques de l’ex-ministre de la Justice.
Pas grand chose de commun en effet entre les parcours d’Éric Dupond-Moretti et de Claire Hédon. L’actuelle défenseure des enfants, juriste de formation, a été journaliste avant de devenir Présidente d’ATD Quart monde puis Défenseure des droits. Son parcours lui fait dire que la pauvreté s’explique en grande partie par un problème d’accès aux droits. Elle avait le profil pour diriger une institution qui doit rendre le Droit protecteur pour toutes et tous.
A qui profite le droit ?
Pas le même profil que celui qui a été surnommé « Acquittador » lorsqu’il était avocat pénaliste. Un surnom dû à sa propension à utiliser tous les moyens possibles pour défendre ses clients avec des méthodes parfois brutales. La pétition rappelle des traumatismes d’enfants lors du procès d’Outreau dont la parole a été rudement mise à l’épreuve par Éric Dupond-Moretti.
Elle rappelle également les mots de Sandrine Josso, députée MoDem victime d’une tentative de soumission chimique par l’ex-sénateur Joël Guerriau, qui s’est dite « terrorisée » par l’attitude d’Éric Dupond-Moretti, alors garde des Sceaux, lorsqu’elle lui a raconté les faits.
Ses propos controversés lors des débats parlementaires de 2021 sur l’inceste ressortent aussi. Le possible futur défenseur des Droits avait notamment utilisé l’expression d’« inceste heureux »
Qualifications, disqualifications
Et ressortent aussi sur les réseaux sociaux une avalanche de propos sexistes qu’il a pu tenir dans sa vie. Tout récemment, il défendait Brigitte Macron qui avait traité des féministes de « sales connes ». Sur RTL, il affirmait qu’il s’agissait d’un propos privé de l’épouse du président. Il se focalisait sur le fait que les humains disent des gros mots et que Brigitte Macron était « merveilleusement et terriblement humaine. »
Dans le passé, il n’avait pas hésité à traiter des féministes de « Follasses ». Critiquant le mouvement #MeToo il déclarait : « il y a aussi des ‘follasses’ qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux.» Il disait à propos de #balanceTonPorc : « La starlette qui va voir un producteur célèbre et lui dit ‘je veux devenir une star’, et l’autre lui répond ‘d’accord, mais tu couches’. Si elle couche, ce n’est pas un viol, c’est une promotion canapé. » Ce qui lui avait valu un ironique prix « ça va bien se passer »
Lire : Et les prix « ça va bien se passer » du sexisme en politique sont décernés à…
Droit des femmes à aller et venir librement
Pas très à cheval sur les droits des femmes à aller et venir sans se faire importuner ou agresser dans les rues, il s’était opposé à la loi sur le harcèlement de rue initiée par sa collègue Marlène Schiappa. Il combattait le délit d’outrage sexiste avec ces mots : « Que siffler une femme devienne une infraction pénale, c’est ahurissant » et cet « argument » pervers : « Il y a une très vieille dame que j’adore qui m’a dit ‘Moi je regrette de ne plus être sifflée’ »
Il a défendu notamment Georges Tron, accusé de viol et agressions sexuelles et obtenu son acquittement… Boulot d’avocat. Mais ses propos contre les victimes dans cette affaire témoignaient d’une « culture du viol » (cet art de transformer les victimes en coupables et vice-versa) traitant ces victimes de « potiches » et ignorant l’emprise qu’exerçait Georges Tron.
Sur les sombres affaires de proxénétisme auxquelles était mêlé DSK, il disait « Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une affaire de copains qui s’offrent du bon temps ».
Nous avions fait une liste non exhaustive de ses prises de positions antiféministes lorsqu’il avait été nommé garde des sceaux.
Lire : Parité et patriarcat au gouvernement
Le président de la République ne décide pas seul cette nomination. Il propose un nom pour nommer un Défenseur des droits et, comme pour le président du Conseil constitutionnel, sa proposition doit être validée à la majorité des 3/5eme des commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat, faute de quoi, un nouveau candidat doit être proposé.
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