Accueil L'édito Travail gratuit des femmes : changements structurels attendus !

Travail gratuit des femmes : changements structurels attendus !

par Isabelle Germain

Tant que nos indicateurs de richesse mesureront seulement la production de biens et services marchands et pas la production de bien-être, l’égalité économique sera impossible

Ce mardi 3 novembre à partir de 9h22, les femmes travaillent gratuitement jusqu’à la fin de l’année en France. C’est le calcul réalisé par Les Glorieuses à partir des chiffres d’Eurostat : 16,5 % d’écart de salaire entre hommes et femmes, ça fait beaucoup de journées de travail gratuit pour elles. La situation s’est aggravée depuis 2016 : ce chiffre était alors de 15,2 %. L’idée de ce calcul amuse les médias qui communiquent beaucoup sur le sujet et c’est tant mieux ! Et après ? Les Glorieuses appellent à signer une pétition pour interpeler les candidat.es à l’élection présidentielle. Au menu des idées : transparence des salaires en entreprise, revalorisation des salaires dans les métiers féminisés, éga-conditionalité des aides aux entreprises, congés parentaux rémunérés et égaux… Des demandes qu’il faudra probablement répéter infiniment.

A moins de faire un grand pas de côté. Car l’égalité des salaires n’adviendra pas sans un changement profond des structures de l’économie. Et pour opérer ce changement il faut revoir complètement nos indicateurs de richesse. C’est une idée, portée par des économistes considérés comme hétérodoxes, que nous essayons de faire connaître depuis la création de LesNouvellesNews.fr, une idée reprise dans mon livre « Journalisme de combat pour l’égalité des sexes » que semblent découvrir et apprécier beaucoup de lectrices et lecteurs.

Face au PIB contre-productif, des indicateurs de bien-être

En résumé : le Graal des acteurs de l’économie est la croissance du Produit intérieur brut. Or le PIB, qui mesure la consommation de biens et services marchands, est insuffisant et souvent contre-productif. Il ne prend pas en compte ce qui est de l’ordre du soin aux humains et à la planète : la préservation des ressources naturelles ou le travail domestique, familial et bénévole n’ont pas de valeur (si le travail domestique était compté, il représenterait environ un tiers du PIB). Les travaux d’hygiène, les soins préventifs apportés dans un cadre familial ou bénévole ne sont pas considérés comme des richesses. Cela aboutit à des situations absurdes : la maladie est une source de richesse puisqu’on consomme des médicaments, un embouteillage est une source de richesse puisqu’on consomme de l’essence, un accident de la route est source de richesse puisqu’on paie des réparations, les dépenses défensives, celles qui consistent à dépolluer par exemple sont intégrées au PIB … En 2008, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait créé la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, dite « commission Stiglitz » pour revoir ces indicateurs de richesse. Il en est sorti quelques décisions autour de la notion de « pollueur-payeur » ou d’ «externalités négatives » faisant baisser la contribution au PIB des entreprises qui polluent. Mais côté travail domestique et familial, rien !

En 2012, Les Nouvelles News organisaient un colloque sur « Le sexe de l’économie » au cours duquel Delphine Roy, à l’époque chargée d’études à l’Insee, expliquait que certains travaux réalisés par les ménages étaient comptés dans le PIB, d’autres non. « Si vous construisez une étagère ou que vous faites pousser des tomates, cela sera compté dans le produit intérieur brut. Ce sont des biens produits par les ménages et qui sont inclus dans le PIB. On estime combien les Français produisent de fruits et de légumes en France et on inclut cette estimation dans le produit intérieur brut. » En revanche, faire du repassage, du ménage ou cuisiner (à la maison) n’entrent pas dans le PIB. 

Et les métiers majoritairement occupés par des femmes sont très mal rémunérés (lire : LE JOUR D’APRÈS : LA VALEUR SOCIALE DES MÉTIERS)

Dans une société patriarcale, les richesses produites par les hommes comptent, les travaux assignés aux femmes ont peu ou pas de valeur. Si nos indicateurs de richesse se basaient sur la production de bien-être et non sur la production de biens et services marchands, les hommes se précipiteraient peut-être dans les métiers jusqu’ici assignés aux femmes. Et le travail de soin aux autres – le care- serait valorisé et partagé entre femmes et hommes… Mais tout cela nécessite une révolution écoféministe.

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