Les droits des femmes sont réduits au néant en Afghanistan mais les talibans sont invités par la Commission européenne à Bruxelles. Alors que les voix indignées se multiplient, les gouvernements européens restent silencieux.

Ce mardi 23 juin, la Commission européenne a reçu une délégation de cinq représentants afghans. Menée en toute discrétion, cette rencontre avait été annoncée au mois de mai, après que l’institution européenne a envoyé une lettre au régime taliban.
Les talibans invités à Bruxelles
Organisée à la demande de quinze États membres, dont la Belgique, l’Allemagne, la Suède et le Danemark, cette discussion a pour but de reprendre les expulsions de citoyens afghans condamnés pour des faits criminels dans leur pays d’origine. « Il est important de dialoguer avec [le régime taliban], ne serait-ce que pour améliorer la situation des Européens, mais aussi celle des demandeurs d’asile », se justifie Magnus Brunner, le commissaire européen chargé de l’immigration. Sur X, Abdul Qahar Balkhi, responsable de la communication au ministère afghan des affaires étrangères et présent à Bruxelles ce 23 juin, s’est enthousiasmé « du redémarrage des services consulaires pour les Afghans résidant en Europe ».
« Un signal dangereux et dévastateur »
Une coalition d’une soixantaine d’organisations de la société civile, dont des ONG de la diaspora afghane s’insurge : « Ouvrir les portes aux représentants des talibans pour discuter des expulsions envoie un signal dangereux et dévastateur, alors que la population afghane continue de subir l’une des crises humanitaires et des droits de l’homme les plus graves au monde sous le régime taliban, À l’unisson, elles réclament que les pouvoirs publics européens « refusent tout accord de coopération facilitant les expulsions vers l’Afghanistan dans les conditions actuelles ».
Sur X, Malala Yousafzai, militante pakistanaise et prix Nobel de la paix en 2014, partage cette indignation : « Par leur système d’apartheid de genre, les talibans ont rayé les femmes et les filles de la vie publique. L’Europe ne doit pas légitimer un régime responsable de l’une des pires crises des droits de l’homme au monde ». Elle conclut : « Tout engagement avec les talibans doit commencer et finir par les droits des femmes et des filles afghanes ».
La Fédération internationale pour les droits humains, en amont de la visite prévue d’une délégation talibane à Bruxelles, a déposé plainte pénale contre ses représentants auprès du Parquet fédéral belge, exigeant l’arrestation des talibans dès leur arrivée sur le sol belge.
De pire en pire
Si Bruxelles tente de nier toute signification politique ou diplomatique, cette invitation permet au régime taliban de gagner une reconnaissance internationale. Déjà, en 2024, les talibans avaient obtenu que les femmes soient exclues d’une réunion de l’ONU à Doha et que les droits des femmes n’y soient pas évoqués. Lire : Les talibans obtiennent l’exclusion des femmes d’une réunion de l’ONU
L’Union européenne a certes condamné publiquement les exactions des talibans, mais l’inaction de la communauté internationale laisse l’apartheid de genre instauré par le régime en place se poursuivre sans entrave.
Lire : L’Europe et les Afghanes : double discours
Depuis qu’ils se sont de nouveau emparés du pouvoir en Afghanistan en 2021, ces fondamentalistes instaurent une interprétation stricte de la charia. Ils ont muselé la parole des femmes en interdisant aux Afghanes le droit de chanter, de réciter de la poésie et de lire à voix haute en public. Lire : Les talibans anéantissent les droits des Afghanes et bâtissent leur voix
Il y a encore quelques mois, en février 2026, le nouveau code de procédure pénale des talibans autorisait les violences et châtiments corporels contre les femmes et les enfants. Lire : Les talibans institutionnalisent les violences faites aux femmes et aux enfants
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