Un nouveau programme de la Commission européenne dédié à l’innovation « deep tech » intègre explicitement un objectif de réduction du gender gap dans ce secteur stratégique.
Le programme de travail du Conseil européen de l’innovation (EIC) 2026, qui fait de la « deep tech » un pilier de la souveraineté industrielle et technologique européenne prévoit « Un Gender Index pour suivre et promouvoir la participation des femmes dans les écosystèmes d’innovation ».
Lever un frein à la compétitivité
Pas encore le grand soir pour la parité dans les hautes sphères de l’économie mais, petit à petit, l’Union européenne considère que le sous-financement des femmes entrepreneures n’est pas un “effet collatéral”, mais un frein structurel à la compétitivité économique européenne. Sans une meilleure inclusion des femmes dans la deep tech, l’Europe se prive d’une partie de son potentiel d’innovation.
Car la « deep tech » touche des domaines dans lesquels les femmes excellent. Elle sous-tend la transition écologique et la transition numérique. Ces technologies de pointe s’appuient sur des avancées scientifiques et une ingénierie, souvent issues des universités et des laboratoires de recherche. Et couvrent des domaines tels que l’intelligence artificielle, les matériaux avancés, la robotique, les technologies quantiques, les systèmes climatiques et énergétiques, la santé ou les biotechnologies. Elles sont réputées façonner la résilience économique, la sécurité et la compétitivité industrielle du continent au cours des prochaines décennies. Elles ont besoin de longs cycles de développement, d’une expertise spécialisée et d’un capital initial important avant de pouvoir accéder au marché.
1,4 milliard d’euros de l’Europe mieux partagés
Le programme de travail 2026 de l’EIC (European Innovation Council) est doté d’un budget de 1,4 milliard d’euros et il doit aider les startups à passer de la phase de recherche à la commercialisation à grande échelle. Le choix des entreprises qui bénéficient d’un financement – et celles qui n’en bénéficient pas – détermine directement les technologies que l’Europe sera en mesure de développer à grande échelle.
Seulement voilà, les entreprises créées par des femmes ne trouvent pas les financements suffisants pour se déployer. Aujourd’hui, en Europe, les start-ups comptant au moins une femme parmi leurs fondateurs ne représentent que 14,4 % des tours de table de capital-risque et reçoivent 12 % du financement total en capital-risque. Dans le domaine des technologies de pointe, le déséquilibre est encore plus marqué. Environ 80 % des entreprises de haute technologie sont fondées par des équipes exclusivement masculines, qui attirent près de 90 % des financements en capital-risque.
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En octobre 2025, un rapport européen montrait notamment que, pour chaque tranche de 100 € investis par le capital-risque, moins de 3 € vont à des équipes dirigées par des femmes, et seulement environ 15 € à des équipes mixtes.
Un autre regard sur les femmes dirigeantes
Les freins systémiques à l’investissement sur les entreprises dirigées par des femmes sont connus. Biais lors des levées de fonds, faible diversité parmi les investisseurs, difficulté à passer du financement public de démarrage aux gros tours de table privés. Le rapport soulignait que l’Europe ne manque pas de femmes innovantes. Elle manque de systèmes permettant de les évaluer, de les financer et de développer leurs entreprises de manière cohérente, en particulier dans le domaine des technologies de pointe. Les femmes ne manquent ni d’idées, ni de compétences, ni d’ambition. Ce qui leur manque, ce sont l’accès au capital, à la crédibilité financière et aux réseaux de décision.
Le programme de l’EIC devrait contribuer à faire évoluer les mentalités. Pour l’instant, il s’engage seulement à compter les écarts entre femmes et hommes. Un premier pas indispensable car, comme le disent les féministes « ce qui n’est pas compté ne compte pas ».
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