« 2026 is the new 2016 » ? Les Nouvelles News font le bilan sur ces dix dernières années. Résultat : des progrès féministes majeurs en France ont eu lieu mais la menace du backlash est toujours présente.

Spoiler : non ce n’était pas mieux avant… Depuis le début de l’année, sur les réseaux sociaux, la tendance « 2026 is the new 2016 » fait le buzz. Les internautes postent des photos de cette époque où tout semblait plus simple. Mais faut-il être nostalgique de 2016 ? Malgré une actualité angoissante de ce début d’année 2026, ces dix dernières années ont été marquées par des avancées marquantes en matière de droits des femmes.
La lutte contre les violences faites aux femmes progresse
Première avancée majeure. 2016, c’est un an avant l’explosion du #MeToo. Le 15 octobre 2017, suite à l’enquête du New York Times sur le producteur Harvey Weinstein, l’actrice américaine Alyssa Milano lance un appel sur Twitter : « If you’ve been sexually harassed or assaulted write “me too“ as a replay to this tweet ». Des milliers de réponses lui parviennent et, très vite, le mouvement dépasse le seul cadre du cinéma américain. Ce hashtag, grâce à la portée des réseaux sociaux, marque un point de bascule. Grâce à cette nouvelle vague féministe, une prise de conscience collective de l’ampleur des violences sexistes et sexuelles s’amorce et la honte commence à changer de camp.
Avant MeToo, le traitement médiatique reflétait les mentalités sexistes profondément ancrées dans les rédactions. Les rubriques faits divers évoquaient régulièrement des « crimes passionnels ». Aujourd’hui, grâce au combat de journalistes engagées et de militantes féministes, la notion de « féminicide » s’est imposée. En novembre 2016, le collectif Prenons la Une élaborait onze recommandations pour traiter sans sexisme des violences de genre, pour en finir avec le crime passionnel. En 2022, encore, Les Nouvelles News pointaient du doigt l’utilisation régulière de la forme passive pour évoquer des féminicides, et la forme active quand une femme agresse son compagnon. Mais quelques exceptions se faufilent encore. Lire : « Féminicide : encore un titre de presse problématique« .
Les mentalités emboitent le pas aux lois qui évoluent. Le large spectre des VSS est aujourd’hui davantage reconnu par les législations. Le 4 mars 2024, l’IVG est inscrite dans la Constitution française. Le 30 octobre 2025, la notion de non-consentement intégrée à la définition pénale du viol. Le traitement d’affaire comme celle de Gérard Depardieu, condamné en mai 2025 lors de son premier procès pour violences sexuelles, marque un progrès. Les deux plaignantes ont même obtenu de faire reconnaître la victimisation secondaire subie lors du procès. Preuve que les revendications de MeToo commence à infuser le système judiciaire. Lire : « Procès Depardieu : une tribune pour en finir avec le sexisme au sein du système judiciaire« .
Des plafonds de verre brisés
Les législations ont également évolué sur la question de la parité. La loi Copé-Zimmermann, votée en 2011, a permis de réels progrès pour ouvrir la gouvernance des entreprises aux femmes. Mais la question de l’égalité professionnelle est loin d’être résolue. Lire : « Égalité professionnelle : dix ans de quotas et des annonces ». Le 13 décembre 2021, la loi visant à « accélérer l’égalité économique et professionnelle » était adoptée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale. L’objectif de ce texte ? Des quotas de 30 % de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises de plus de 1000 salariés en 2027 et 40 % en 2030. Depuis, de nombreuses femmes ont percé des plafonds de verre dans le monde de l’entreprise. Lire : « Quotas de femmes dirigeantes en entreprise : c’est voté !« . Plus récemment, en 2022, c’est l’Union européenne qui s’est engagée à contraindre les grandes entreprises cotées à respecter un quota minimum de femmes dans leurs Conseils d’administration.
Ça progresse aussi dans le sport. En 2016, les médias continuent de traiter par le mépris le sport féminin. À l’époque, le sport féminin n’occupe que 7% à 16% (selon les études) de l’espace médiatique consacré au sport. Lire : « Ne cachez plus le sport féminin« . Mais l’engouement pour les performances des sportives grandit. Résultat : « En juillet 2025, les Bleues réunissent 2,8 millions de téléspectateur.ice.s pour leur premier match de l’Euro« . Du côté de la gouvernance du sport, plusieurs plafonds de verre ont été brisés. En 2022, Stéphanie Frappart était la première femme arbitre lors d’un match de coupe du monde masculine de football. En 2024, Charlotte Girard Fabre est devenue la première présidente de l’Association Française du Corps Arbitral Multisports. La même années, Sandrine Agricole était la première femme à entrainer une équipe masculine de rugby du Top 14.
Mais les inégalités salariales persistent… Lire : « Top 100 des athlètes les mieux payés : 100 hommes !« . En 2025, le Haut Conseil à l’Égalité mettait un carton rouge à la France pour le manque de parité dans la gouvernance du sport. Malgré des avancées, l’horizon de la parité reste encore loin.
Budget instable pour l’égalité
Alors qu’en 2016, on balayait d’un revers de main le budget sensible au genre, aujourd’hui plusieurs municipalités s’en emparent. En 2015, lors d’un colloque organisé par Les Nouvelles News sur « Le sexe de la ville : masculin ou féminin ?« , le géographe Yves Raibaud, auteur du livre La ville faite par et pour les hommes (Belin) constatait que que 75 % des budgets dédiés aux loisirs de la jeunesse profitaient aux garçons. Désormais la budgétisation sensible au genre est adoptée par plusieurs villes françaises qui repensent leurs dépenses au prisme de l’égalité entre femmes et hommes. Lire : « Début de budget sensible au genre à Lyon » (2020) et « Quand l’argent cesse de financer les inégalités« .
Mais l’argent manque pour lutter contre les VSS. Lire : « 25 novembre : le gouvernement s’engage contre les violences… mais sans budget« . La Fondation des Femmes tire la sonnette d’alarme : « Les coupes budgétaires tuent« .
En 2026 : vigilance !
Mais ces progrès féministes sont également rythmés de reculs. Les valeurs conservatrices s’imposent dans les médias. L’Empire Bolloré sature l’espace médiatique. Lire : « CNews : 100.000 euros d’amende pour désinformation sur l’avortement« . Des délinquants sexuels sont maintenus à l’antenne. Lire : « Jean-Marc Morandini condamné mais toujours à l’antenne« . Pendant ce temps, les médias féministes sont fragilisés… Lire : « Causette et Mademoiselle en panne : l’équitation des médias féministes toujours pas résolue«
Les idéologies masculinistes infusent de plus en plus leur haine des femmes dans la société. Lire : « Comment les masculinistes réduisent les femmes au silence« . Une haine qui mute en acte de violence : « Attentat masculiniste déjoué à Saint-Etienne : le traitement des violences basées sur le genre évolue« .
Sur les réseaux sociaux, les géants du numérique ne sont contraint par aucune modération. Au point que Grok, l’IA sexiste de X, le réseau social d’Elon Musk, puisse déshabiller les femmes sans leur consentement puis être diffusée. Lire : « Fin du fact-checking chez Meta… Cap vers la désinformation et la misogynie« . Résultat : « Réseaux sociaux : les algorithmes invisibilisent les messages féministes« .
Mais face à la menace du backlash, la résistance féministe s’organise. Lire : « 2025 : le bruit du masculinisme s’intensifie, la résistance aussi« et « Contre-attaque féministe face aux influenceurs masculinistes« .
