20 % de féminicides de plus qu’en 2020. Les moyens de lutter contre ces crimes ne sont pas à la hauteur. C’est à la « violence machiste » qu’il faut s’attaquer.
Le bilan des « morts violentes au sein du couple 2021» publié vendredi 26 août par le ministère de l’Intérieur fait apparaître une hausse de 20% du nombre de féminicides par rapport à l’année précédente. Le document du ministère n’utilise pas le mot « féminicide », un mot qui n’est toujours pas entré dans la loi française, (lire ici) mais les journaux qui ont relaté l’étude l’utilisent désormais.
Cependant, ces journaux écrivent aussi que « cent-vingt-deux femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2021 ». S’ils écrivaient massivement que « 122 hommes ont tué leur compagne ou ex », la formulation rendrait plus visible le phénomène de violence machiste qu’il s’agit de combattre.
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Le document du ministère indique sobrement dans son résumé que « En 2021, 143 morts violentes au sein du couple ont été recensées par les services de police et unités de gendarmerie, contre 125 l’année précédente (18 victimes en plus, soit +14%) » et précise que « Ces faits représentent 19% (18% en 2020) de l’ensemble des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner enregistrés en France en 2021 »
Dans le rapport, on peut lire que les victimes sont des femmes dans 85% des cas et les tueurs appelés sobrement « auteurs » sont des hommes dans 86% des cas. Près d’une femme sur trois (32%) avait déjà subi des violences antérieures et 64% d’entre-elles avaient signalé ces violences aux forces de l’ordre. Parmi ces dernières, 84% avaient déposé une plainte. En moyenne, un décès a été enregistré tous les deux jours et demi l’année dernière, contre un tous les trois jours en 2020. En 2020, 102 féminicides avaient été enregistrés. Cent quarante-six féminicides avaient été recensés en 2019 mais les violences sexistes et sexuelles avaient augmentées.
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« La lutte contre toutes les violences sexistes et sexuelles, le 1er pilier de la Grande Cause du quinquennat pour l’égalité entre les femmes et les hommes » selon les mots du gouvernement du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, n’a pas été à la hauteur. Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes commente ces chiffres sur Twitter en disant qu’il « aurait fallu redoubler les efforts. Mettre plus de moyens. Nommer des ministres pour qui c’est important. En faire une priorité politique continue. Les féminicides c’est tous les ans. Ce n’est pas un effet de mode. Il faut une volonté tenace pour en venir à bout. »
Et commencer par désigner le phénomène autrement : cesser de parler de violence « faite aux femmes » mais parler de « violence machiste » comme le dit Isabelle Alonso ici. Dans son essai « le coût de la virilité », Lucile Peytavin additionne plusieurs coûts de la violence masculine. Quelques exemples : les hommes représentent 96% de la population carcérale et 83% des mis en cause par la justice, 84% des accidents mortels sur la route sont causés par des hommes… En cause : une éducation et une culture faites d’injonctions à la domination pour les hommes, injonctions à l’altruisme pour les femmes. (lire ici)
Pour combattre ce fléau, il faut non seulement renforcer les moyens de la police et de la justice mais aussi combattre l’éducation machiste. L’Espagne, qui s’est donné des moyens importants, a vu le nombre de féminicides baisser de 24% pendant qu’en France il augmentait de 20%. L’Espagne parle de « violences machistes ». Elle combat un ennemi bien mieux identifié que la France qui parle de violences « faites aux femmes » ou « violences au sein du couple ».
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